Mois : août 2012

Le satyre puant

Ce champignon, est courant en forêt de Compiègne de la fin de l’été à l’automne. On l’appelle couramment : phallus impudique,œuf du diable ou satyre puant. Il a, entre autre, la particularité d’émettre lorsqu’il se décompose et cela très rapidement, une odeur pestilentielle insupportable. En forêt, à l’air libre, on le sent à plusieurs mètres ; dans un lieu fermé, c’est intenable.


P1010094.JPGLes boules puantes, qu’écolier on cachait sous le bureau du maître, paraissent bien ridicules comparées à l’odeur de ce champignon.


L’anecdote que je vais vous conter tient à cette particu-larité.


Cela se passait il a une trentaine d’années, alors que j’étais encore en activité dans un grand quotidien parisien paraissant en début d’après-midi.


Chacun sachant où j’habitais, un jour d’automne la conversation était venue sur les champignons. Parlant de ce fameux Satyre puant, un des chefs rotativistes qui n’était pas le dernier à manier la plaisanterie, me demanda si je pouvais lui en amener un pour voir, me dit-il, comment il était fait.


Le lendemain matin, de bonne heure, j’en ramassais un jeune spécimen et l’amenais avec moi. Évidemment le chef en question ne manqua pas de faire ses commentaires, mais le champignon, que j’avais mis dans un sac plastique commençait vraiment à émettre des vapeurs pas très alléchantes.


P1010097.JPGAlors ne vint-il pas à l’idée de ce plaisantin de dire : « Je vais le mettre dans le bureau de G. ». Ce qu’il s‘empressa de faire. G. était le personnage communément dénommé « pointeau ». C’est lui qui reçoit, contrôle les chiffres de tirage et donne l’ordre du démarrage de l’impression du journal.


Déjà, la porte du bureau fermée tout l’étage commençait à empester. Alors, quand sur les coups de midi le personnage en question arriva et qu’il ouvrit la porte, c’était intenable. Quel scandale il fit, déclarant que le journal ne sortirait pas tant que des mesures ne seraient pas prises pour éliminer cette odeur. Il téléphona à la direction provoquant un branle-bas de combat dans tout l’immeuble. Une équipe de nettoyage fut dépêchée pour rendre les lieux propres et inodores à grand renfort de désinfectants. Enfin à 13 heures 30 les lieux étaient nets et le journal put être tiré normalement.


Ainsi ce champignon inoffensif malgré son allure faillit un jour provoquer une catastrophe bien malgré lui.


Lorsque j’en vois un en forêt je ne peux m’empêcher de penser à cette journée que je n’ai pu me retenir de raconter.

 

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Des lapins hors de prix

Il n’était pas bon au milieu du 19e siècle de tenter d’améliorer son ordinaire et de ramasser sur le domaine forestier un lapin occis par un piège.

 

44 aCe sont les comptes rendus du tribunal de police correctionnelle de Compiègne parais-sant dans la presse, qui nous l’appren-nent.

 

C’est ainsi que Jules Dhuicq, âgé de 32 ans, bûcheron à La Brévière, l’appris à ses dépens un 18 novembre 1859.

 

L’affaire remontait au 1er novembre précédent où il fut surpris, vers six heures du matin, au moment où il retendait un assommoir appartenant à l’administration forestière et sous lequel il venait de prendre un lapin. Bien que l’animal ne pu être retrouvé, le garde forestier qui avait dressé procès-verbal de ces faits affirmait devant le tribunal correctionnel de Compiègne, que depuis quelques heures déjà il y avait un lapin tué sous l’assommoir en question, lorsque Dhuicq s’en était approché.


Cela suffisait pour que ledit tribunal condamne notre bûcheron à six jours de prison et aux dépens. C’était cher payé pour un lapin qui ne fut même pas dégusté par le condamné.

 

Le 25 octobre 1862 Lemoine, âgé de 30 ans, cordonnier à Saint-Jean-aux-Bois, ne comprend pas que, trouvant deux lapins sous des assommoirs, il ne lui soit pas permis de les emporter chez lui.

 

44.jpgAfin de l’aider à comprendre qu’il est interdit de prendre ce qui ne lui appartient pas, le tribunal le condamne à dix jours de prison.

 

 

En 1863, ce sont Jean-Baptiste Mer-lieux, âgé de 55 ans, cultivateur à La Brévière, Charles-François Toussaint, âgé de 64 ans, et Jean-Marie Alphonse Viveret, âgé de 63 ans, tous deux bûcherons à Malassise, commune de Saint Jean aux Bois, qui ayant chassé le 20 octobre dernier, à l’aide d’engins prohibés, en faisant usage de pièges à bascules dits traquenards, destinés à prendre des lapins dans leurs propriétés closes de haies vives, passent devant le tribunal.

 

imgres-5.jpegIls reconnaissent le fait et déclarent qu’ils ne croyaient pas commettre de délit. Le tribunal dans son audience du 4 novembre, les condamne chacun à 50fr. d’amende. Les pièges sont déclarés confisqués, et le tribunal ordonne leur dépôt au greffe dans les dix jours du jugement, ou chacun paiera 50fr. pour leur valeur.

 

A titre comparatif le kilo de pain valait à l’époque entre 20 et 25 centimes suivant la qualité.

 

Au cours de l’audience de vacation du 23 septembre 1865, c’est Louis Eugène MAQUIN, âgé de 27 ans, bûcheron à Saint-Jean-aux-Bois qui fut surpris le 20 août denier dans la forêt de Compiègne, chassant à l’aide d’un bâton, les lapins au gîte alors qu’il en avait déjà tué trois. Il se reconnaît coupable et s’entend condamner à 50 francs d’amende.

  

Ce ne sont là que quelques exemples parmi bien d’autres qui montrent combien aucune tolérance n’était accordée aux habitants de la forêt, alors que dans le même temps, les comptes rendus des chasses impériales en forêt de Compiègne nous apprennent que les lapins y étaient tués par centaines lors de chaque battue. Comme quoi confondre « les plaisirs du roi » et le besoin d’améliorer l’ordinaire ne peuvent être compatibles.

 

Cartes postales de la collection d’Arlette B. que nous remercions.

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Les impressions d’un visiteur de Saint-Jean (troisième article 3)

Saint-Jean a des écarts, tout aussi frais, aussi champêtres les uns que les autres ;


Boudier-La-Breviere.jpgC’est La Brévière, les anciennes bergeries, avec son petit manoir gothique tout battant-neuf, ses prés aux tendres pâturages et ses ruisseaux, filets d’argent, ourlant partout ce tapis frais et vert. C’est Malassise, hameau de boquillons, jeté un peu à la diable, mal assis, sur un pli de la forêt. C’est la Landeblin, ancienne remise à gibier sous les souverains. C’est Sainte-Périne, avec sa garderie aménagée dans une ancienne demeure de recluses et son bel étang où chaque hiver, la campagne cynégétique offre le spectacle, fréquemment répété, d’émouvants bat-l’eau. C’est Saint Nicolas de Courson avec ses chaumières vieilles comme les futaies qui les abritent et son poste forestier, le prieuré, qui parle de longtemps. C’est le Four-d’en-haut, qu’habitaient ces sortes d’alchimistes qu’on appelait les seigneurs ou gentilshommes-verriers. On les prétendait s’être vendus au diable en échange du secret de faire de l’or. Légende, tu dors ici dans ton berceau ! C’est enfin Vaudrampont et sa blanche auberge du Bon Accueil, ses quelques maisonnettes chaudement tapies dans le gazon, autant de nids heureux où chante la ménagère. Poules et canards, toute la gent de basse-cour, vous saluent de leurs gloussements moroses et de leurs coins-coins comiques sans avoir conscience, les malheureuses bêtes, qu’elles appellent peut-être leurs juges.


221Tous ces détours, ces méandres, ces crochets, se font, sous bois, parmi les broussailles, les framboisiers sauvages, les buissons de troène, les euphorbes, les eupatoires, les salicaires, les fougères et les genêts. La bruyère toute fière de son tapis rose vous l’étend quelquefois coquettement sous les pieds et de bonnes odeurs, fumets de cryptogames, vous invitent, en passant, à cueillir girolles, oronges, cèpes et bolets. Cette manne n’est point tombée du ciel mais elle est, en une nuit tiède d’août, sortie du sein de l’alma parens, la terre, cette mère bienfaisante !


Mais, j’en ai beaucoup trop dit sur le village et de ce coin perdu au fond des bois. Chacun ne va-t-il point s’y rendre, mis en appétit par un si friand menu ? Ne le souhaitons pas, les bûcherons en deviendraient trop glorieux. Il leur faut rester modestes comme la nature qui les encadre. Et puis, la voie de fer n’ira, de la vie, bouleverser la forêt ; c’est dire que Saint-Jean demeurera simple et superbe, frais et pimpant comme la touffe de fléchières et de patiences que j’arrache, en rentrant, au bord du ruisseau où jasent les lavandières.

 

                                                                      Saint-Jean-aux-Bois, 30 août 1897.

                                                                                                                                A.D.


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Les impressions d’un visiteur de Saint-Jean (troisième article 2)

Quand on a passé la vieille porte, aujourd’hui refuge des rares routiers et malandrins, violon débonnaire de la commune, on a, devant soi, une grande cour dont le fonds est occupé par l’église sous le vocable de saint Jean-Baptiste et de sainte Euphrosine. C’est une vaste nef de style ogival primitif, avec contreforts et corbeaux, veuve de clocher et sans déambulatoire.


Place-de-l-eglise-vers-1910-copie.jpgÀ l’antérieur, auprès de la petite porte dont l’archivolte est ornée de tores et de dents de scie, est un joli sarcophage roman, qui ne renferme que des légendes, n’en déplaise aux annalistes. Oh ! Allez la voir, l’église ! Restez-y un instant seul, méditant sur le passé, sur l’histoire. Évoquez surtout les ombres des hôtes familiers qui venaient à matines et à laudes, y prier pour le bon roy Loys et son doux royaume de France…


Une chapelle capitulaire, mais plus ancienne, est attenante à l’église. L’état l’a fait tout récemment restaurer avec habileté. Le cottage La Moussière, logis estival d’un vieil ami des bois, l’un de ces poètes aimés, a gravé sur l’un des piliers de son enceinte la date de la naissance du couvent dont il a pris quelques arpents, en concurrence avec le cimetière que nous voyons tout endeuillé par les hauts mélèzes, les cyprès et les sapins. Paix aux trépassées ! Retournons-nous vers les chaumes où pousse la saxifrage, vers l’école propre mais bien fausse au diapason de ces éléments d’un autre âge. Quand on l’a construite cette école, on ne croyait mieux faire qu’en la plaçant vis-à-vis de l’église, cette autre école du cœur ! Curieux détail pour qui observe, Saint-Jean possède encore un four banal où les malheureux viennent cuire après la glane et durant l’hiver.


Les maisons de Saint-Jean ne ressemblent point à celles de Vieux-Moulin. Elles sont plus rustiques, plus ridées, plus vieillottes mais aussi plus fleuries. Le boquillon aime les fleurs. Aussi, en place-t-il partout sur les fenêtres, dans son clos, dans ses mansardes, autour des puits et jusque sur les toits.  

 

On est ici, en présence de gens heureux, sans orgueil, sans envie. Puissent Saint-Hubert et l’apôtre préféré les tenir toujours en joie, comme chante dom Bazile dans le chef-d’œuvre de Balzac.


1911.gifQue de jolis noms, souvent même curieux dans leur simplicité, portent gaillardement ces bons bûche-rons : Toussaint, Contant, Le Roy, Tourneur, Perdu, et, amusante anomalie ! Langelez… dans les bois ! Tels sont, à peu près, tous les noms du village. Quelques familles seulement à la nombreuse lignée vous obligent toujours à joindre au nom familial des prénoms tout aussi forestiers : Sylvestre, Rustique, Hubert, Silvain et Jean-Baptiste, parrain de tout le village.


Les filles ont fait appel au calendrier démodé mais si bien approprié à ce pays champêtre. Presque toutes répondent aux gracieux prénoms de Milia, Zélia, Esmérancienne et Fleurance, sans préjudice de quelques Jeanne obligatoires.


Aux auberges sont encore pendues ces enseignes de tôle qui grincent à tous les vents : Au grand Saint-Hubert, Au rendez-vous des Gardes, Au fidèle Chasseur, Au Grand Cerf, Aux Bons Amis, À la Vieille Meute, etc… Entrez dans l’une de ces auberges, vous y trouverez simple mais bon gîte. De braves commères savent encore vous rissoler les cèpes et les chanterelles, vous griller un écureuil et vous fricasser un lapereau et ce, contre modique redevance.


Les carrefours, eux-mêmes, se sont donné le mot pour tresser à Saint-Jean une galante et mythologique couronne. Écoutez leurs échos qui répondent aux jolis noms des Naïdes, de Diane, de l’Oiseau, du Bois-des-Dames, du Bocage, des Biches, du Boquet-Colin et des Amoureux. N’y a-t-il pas là malice des dieux ?…

Demain suite et fin de l’article


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Les impressions d’un visiteur de Saint-Jean (troisième article 1)

Le troisième article, paru dans l’Echo de l’Oise du jeudi 2 septembre 1897, s’intitule :

 

Notes et impressions de vacances

Saint-Jean-aux-Bois

 

P1030483La route de Meaux traverse toute la forêt de Compiègne, du nord-est au sud-ouest, sur une étendue de trois bonnes lieues. Cette route s’appelle, ici, plus communément route de Crépy, l’ancienne capitale du Valois, à cinq lieues de Compiègne. Elle est belle, large, fortement ombragée par des arbres séculaires. Il fait bon reposer sur ses accotoirs, véritables divans capitonnés de mousse molle et parfumée. La marche, en telle condition, devient plaisir à qui se sent solide. C’est encore le système de locomotion le plus hygiénique, le plus naturel sinon le plus agréable en dépit des services indiscutables de vitesse que rend le cyclisme.


Je suis au premier carrefour de la forêt, porte gardée par le poste Napoléon, coquette maison forestière rappelant un peu, avec ses dépendances et ses sapins, les petites formes de l’Oberland. Je passe, sur la route même, le carrefour de La Tilloye, encore entouré de quelques tilleuls dont je m’infuse de l’odeur agréable et pénétrante. Voici les ronds-points du Blaireau et du lièvre qui me donnent des jambes ; le carrefour des Clavières ou clavées, dérivatif de claies, entreillagé pour garantir des animaux les jeunes plantations qui s’y sont faites de tout temps. À ma gauche, aussi enclavée dans le long treillage de la Faisanderie sont les deux garderies de la Forte-Haie et des Clavières. J’arrive au carrefour de la Barrière. On a très probablement fort reculé celle-ci, car la route est libre et tout aussi belle qu’au départ. Mais, bientôt, un peu plus loin que le sixième kilomètre, elle bifurque à gauche et je lis sur la plaque indicatrice : route des Meuniers. C’est de bon augure. Qui dit meuniers dit pain, dit nourriture, dit bienfait. Il me semble entendre d’ici la petite sonnette qui avertit le garde moulin qu’il faut ensacher à nouveau. J’entends bruire la roue dans l’eau claire du ru et, bientôt, de gros tire-bouchon de fumée grise me préviendront que le four chauffe pour la miche et le pain bis.

 

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Oh ! Désillusion ! L’étiquette seule est restée mais le produit a, depuis bel âge, disparu. Les meuniers de Saint-Jean sont tous morts. Le chemin leur survit et ne donne plus passage qu’aux grumiers qui viennent, journellement, alimenter les scieries mécaniques de Compiègne.

 

Quatre kilomètres encore et me voici à Saint-Jean dont j’entrevois déjà, dans la nuit verte des frondaisons, l’église, grande comme une cathédrale !…


Que vous veniez de Compiègne, de Vieux Moulin ou de Pierrefonds, l’arrivée est un vrai poème : Un vieux calvaire, comme savaient en tailler autrefois les bûcherons, vous tend les bras avec mansuétude. « Venez à moi, semble-t-il dire au passant, le suis encore vivant en ce village« . Une antique abbaye aux murailles noircies et salpêtrées va vous rappeler la vie des nonnains d’hier, les religieuses du Val des Écoliers.


Saint-Jean est le nid forestier par excellence. C’est à ses entours que dressent encore fièrement leurs cimes vermoulues les chênes qu’ont plantés les contemporains du grand roi. Sur des fûts plus gros que des piliers de basilique, les houppiers, ces grands bras des arbres, se tordent avec rage dans les dernières convulsions de l’agonie.


Partout de vieux murs, d’antiques maisons où se marie avec le moellon et la brique maints fragments de sculpture arrachés au moutier ou recueillis parmi ses ruines.

 

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À cent pas du calvaire, une vénérable porte, encore armée de ses meurtrières et de quelques créneaux, se soutient à peine. C’est l’entrée du couvent. Deux tours, deux bocaux, dont l’un est, depuis cent ans, dépourvu de son couvercle, flanquent cette porte fortifiée et gardée, jadis, comme une citadelle par une herse que remplace le pont d’aujourd’hui. Un fossé, presque comblé, et où se dorent au soleil des potirons ventrus vous dit encore qu’il y avait défenses en ce castel religieux. Il faut aller maintenant un peu plus loin pour contempler les blonds rameaux des saules et cueillir le liseron d’eau. Mais, ceci n’est qu’un léger coup de canif donné au contrat de la nature. Ne disons rien tant que la pioche d’un vandale ne s’attaquera pas aux tourelles. Fasse Saint-Hubert que Saint-Jean ne rencontre jamais de barbares au sein de son échevinage !

la suite demain


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Anniversaire de France – La fête

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Jusqu’au dernier moment, le secret a été bien gardé.

 

France ne se doutait pas un seul instant que lorsque ses enfants et petits enfants lui proposèrent de faire un tour dans le village, qu’elle rencontrerait, au détour de sa rue, sa famille, ses voisins et ses amis du village qui l’attendaient.

 

C’est donc toute émue et ravie qu’elle arriva parmi nous.

 

Et collectivement un bon anniversaire lui fut souhaité.


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Les impressions d’un visiteur de Saint-Jean (second article)

Le second article parait dans la Gazette de Pierrefonds datée du 22 juillet 1888. Il est daté « Sous le gros chêne de Saint-Jean, 30 mai 1888 » et est signé A.J.

 

 

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EXCURSIONS & PROMENADES

Saint-Jean-aux-Bois


Le soleil m’a réveillé dès l’aube, tout promettait une belle journée. J’ai volontiers quitté ma chambre et projeté une promenade.


Il fait bon, en ce mois fleuri de mai, à respirer les senteurs matinales, à parcourir les bois, à contempler la nature quelques livres de poésie à la main.


C’est vers Saint-Jean-aux-Bois que le m’acheminerai. L’excursion sera peut-être longue, tant mieux, je veux errer jusqu’au déclin du jour. …


… J’ai gravi la montée du Baudon et me voici à l’entrée de la forêt. Deux voies se présentent : ou bien suivre la route de Pierrefonds à Saint-Jean, dite chemin des Plaideurs, parce que les habitants de Lacroix-Saint-Ouen, qui dépendaient de la châtellenie de Pierrefonds, le suivaient ordinairement pour se rendre au siège de cette juridiction ; ou mieux encore, emprunter à gauche, la chaussée Brunehaut. L’habitude des lieux me fait choisir ce dernier itinéraire, délaissant pour cette fois le carrefour de la Fontaine-aux-Porchers, tout plaisant qu’il soit.


La chaussée Brunehaut borde les chaumières du bois d’Haucourt et les cottages de la propriété Raymond.


Ce nom de chaussée Brunehaut nous rappelle que nous foulons une terre pétrie des souvenirs de l’histoire ; il nous fait penser à tous ceux qui, soldats des légions romaines ou simples bergers de nos campagnes, vécurent avant nous parmi ces horizons et dormant depuis longtemps l’éternel sommeil.…


… Un sentier conduit de Saint-Nicolas-de-Courson à Saint-Jean-aux-Bois.


En 1794, le nom de ce village, comme de tant d’autre, avait changé en celui de Solitude.


Quoi de plus solitaire, en effet, que ce hameau, au milieu des bois qui l’enserrent, n’ayant comme dépendances que des prairies bornées ou quelques jardinets. Il est vrai qu’ici demeurent des bûcherons et non des agriculteurs.


Est-ce à dessein que j’ai choisi ma promenade aujourd’hui vers Saint-Jean ? Est-ce par hasard ?


Quoi qu’il en soit, voici que dans ce séjour d’ordinaire silencieux, je rencontre chacun en habits de fête ; la cloche sonne joyeusement ; j’interroge : on me dit qu’il s’agit de la Saint-Hubert, fête annuelle religieuse.


Je suis curieux, j’aime à voir. Après avoir goûté le spectacle des beautés de la nature, il me plait de connaître les mœurs rustiques de ces habitants des forêts.


Je me rends à la belle église de Saint-Jean, beau monument gothique du douzième siècle en forme de croix latine. Devant le portail la foule s’écarte pour faire place à une procession qui sort de l’église. Voici des bannières, des jeunes filles en blanc, toute une escouade de gardes forestiers aux habits verts égayés de liserés jaunes, les uns portant, les autres escortant les reliques de Saint-Hubert ; voici un clergé accru de plusieurs prêtres voisins ; voici de nombreux assistants et presque tous les hommes de Saint-Jean composant la Société locale de Secours mutuels.

 

Saint-Hubert 


La procession se dirige vers un calvaire au bord de la forêt, à cinq cents mètres de l’église ; sa marche est grave et recueillie ; des chantres psalmodient des chants lithurgiques. Les bannières, les vêtements multicolores se détachant sur le fond vert des bois et des pelouses avoisinantes produisent un tableau des plus gracieux. Quel peintre n’aurait voulu le saisir ? …


14---copie-copie.jpg… J’ai vu, au retour, l’église parée de fleurs et de branchage ; j’ai écouté des chants certainement beaux dans leur simplicité ; … enfin, j’ai pris, à l’issue de la cérémonie, un repas frugal à l’auberge du lieu, l’appétit aiguisé et par ma course matinale et par le plaisir de ce que je venais de voir et d’entendre.


J’aurai voulu continuer mon excursion jusqu’aux étangs de Saint-Périne, ce tombeau des cerfs aux abois, et de là jusqu’au paisible hameau de La Brévière que je voudrais habiter dans mes heures de misanthropie.


J’au dû modérer mes ardeurs ; mais je suis allé saluer cependant le gros chêne de Saint-Jean. Cet arbre monstrueux à 9m50 de circonférence, il fait l’admiration de tous les visiteurs. Chacun se repose volontiers sous l’ombre de ce colosse. On y déjeune, on y lit, on y pense, on y… soupire !… Ce témoin muet nous dirait s’il le voulait des contes de mille et une nuits ; mais il est incorruptible, il gardera tous ses secrets et surtout les épanchements qu’il abrita de son mystère lorsque Jean, le conscrit, la veille de son départ, vint dire adieu à sa chère Madeleine et lui répéter : « Conserve-moi ton cœur ! ».


J’ai rejoint le carrefour des Mares-de-Jaux ; qu’elle admirable clairière ! Et le carrefour Beauval avec ses bouleaux à l’écorce d’argent !


Voici la longue route des brigands ; il faut une grande heure pour rejoindre Pierrefonds et retrouver la route de Compiègne près de Batigny.


Pierrefonds ! Saint-Jean ! Séjour céleste, dont au moins la beauté nous fait rêver !



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Le quatre-vingt-dixième anniversaire de France

Dans le village ce n’est pas madame Billoré, ça c’est réservé à l’état civil et les choses officielles, ou bien pour « les étrangers » ; ici c’est France ! C’est tout. Quand on parle d’elle on dit France : tous,  jeunes et moins jeunes savent de qui il s’agit et ne l’appellent pas autrement !


C’est comme ça depuis … depuis quand après tout ?


Compte tenu de son âge ça doit faire bien longtemps !

 

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Bien que n’étant pas né au village, mais si près à Milly sur Thérain, une partie de son enfance s’est souvent passée chez sa famille restée au village. Ce qui fait que Saint-Jean n’a jamais eu de secret pour elle. Elle y est venue et devait y rester.


Son mariage avec un enfant du pays, Roger, union qui lui donnera cinq enfants, scellera définitivement son statut de Solitaire.


Ses engagements divers au service du village feront d’elle un élément incontournable de la vie locale!


Son père, Louis, maréchal ferrant, a forgé en elle, une future centenaire, que nous verrons encore longtemps trottiner entre son logis et l’église, dont elle ouvre les portes, chaque matin, sauf le mardi, comme dans les musées.

 

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France, comme les quelques contemporains de son époque que nous nous honorons d’avoir encore parmi nous, a traversé une grande partie du siècle dernier et en a vécu tous les grands bouleversements, certains joyeux, d’autres douloureux.


Née, à peine la guerre de 1914-1918 terminée, dans une famille meurtrie par celle-ci, elle a connu ensuite tous les grands changements de cette époque. Et ils furent nombreux.


Peut-on s’imaginer aujourd’hui, alors qu’un seul clic nous transporte au bout du monde, qu’elle-même et les écoliers de Saint-Jean, les soirs d’hiver, faisaient, leurs devoirs éclairés par une bougie ou la lampe à pétrole, devant la seule chaleur d’un poêle à bois ou d’une cheminée.

 

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Peut-on s’imaginer aujourd’hui, alors qu’il suffit de programmer une machine, que leurs mères, puis elles-mêmes par la suite, se rompaient l’échine à frotter le linge, à genoux, au lavoir parcouru de courants d’air.


Peut-on s’imaginer aujourd’hui, alors que des engins monstrueux abattent en une seule journée ce que leurs pères, par la seule force de leurs bras mettaient une semaine à couper, le rude métier de bûcheron.


Peut-on s’imaginer aujourd’hui, alors qu’il suffit de tourner un robinet, qu’à cette époque, il n’y avait pas d’eau chaude pour se laver le matin, qu’il fallait encore puiser l’eau au puits communal.


L’électricité n’arrivera qu’en 1934, l’eau sur l’évier en 1957.


Et combien de choses encore que le téléphone portable ou l’iPad ne permettent pas aux jeunes de s’imaginer.

 

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France a vécu tout cela. Si elle n’en parle pas, c’est qu’elle a évolué et su s’adapter à ce monde moderne.


Mais questionnez-là. Elle saura vous raconter ce que certains, qui ne connaissaient pas les rudesses de la vie des simples gens, appelaient « la belle époque ». L’avantage de l’âge sur la jeunesse fait que l’on devient porteur des souvenirs de toute une époque à jamais disparue. Les anciens deviennent ainsi la mémoire vivante du temps. Profitez de celle de France, elle en sera ravie.

 

Souhaitons lui un bon anniversaire !


Et souhaitons-nous de la voir encore longtemps parmi nous !

 

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Les impressions d’un visiteur de Saint-Jean (premier article 2)

Après ce premier exercice, ont lieu deux courses enfantines, l’une pour les enfants de sept ans, l’autre pour les enfants de dix ans. C’est l’affaire d’un instant seulement.


146-copie-2.jpgLa commission annonce que la course en sac va avoir lieu et invite les amateurs à se présenter. Elle fait remarquer que les 2e et 3e prix du mat de Beaupré ayant été ajoutés aux quatre prix déjà consacrés pour ce jeu, le nombre de prix se trouve ainsi porté à six. Trois courses devant avoir lieu, c’était par conséquent deux prix pour chaque.


Je fus bien étonné en voyant un petit garçon, ayant à peine un mètre de hauteur, gagner la première course et dépasser ses concurrents du tiers du parcours. Il n’allait que sur un pied. On fait la seconde course. Le vainqueur de la précédente n’avait plus le droit de concourir. Chacun s’ébranle au signal du départ. Dès les premiers sauts, voilà tout le monde par terre sauf un seul qui parvient au but. Les autres n’ayant pas franchi le parcours ni les obstacles, il n’y a qu’un prix de décerné ; ce qui était parfaitement juste. 

 

147 copieOn procéda ensuite au jeu de ciseaux pour les petites filles ; puis au jeu du pigeon captif pour les dames. Ce genre de divertis-sement est bien connu ; mais il prit pour moi un charme de nouveauté par l’entrain que toutes les dames y mettaient. Enfin l’une d’elles — une des plus jeunes et des plus gracieuses — lançant la balle, fait tomber la pyramide et le petit clocheton où se trouvait le pigeon. Mais c’était un Jacquot qui prend son vol aussitôt et s’en retourne à son logis. Le second pigeon est également délivré et l’on termine par la surprise. Elle fut gagnée par une dame qui ne voulut pas montrer ce que c’était. Jugez du hourra formidable qui s’éleva à la vue de toutes les dames s’empressant pour voir le joli bébé !…


La soirée s’avançait malheureusement. L’heure me pressait. Il me fallut dire adieu à Saint-Jean-aux-Bois et à ses aimables habitants pour reprendre la route de Compiègne d’où le train de 8 h 34 devait m’emmener à …


Agréez, je vous prie, Monsieur le rédacteur, etc…


                                                                           (Un touriste des environs)


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Les impressions d’un visiteur de Saint-Jean (premier article 1)

Dès le XIXe siècle, il n’était pas rare de voir des touristes venir visiter Saint-Jean. La proximité de Compiègne et de Pierrefonds, déjà très fréquentés sous Napoléon III avec notamment les séries de Compiègne qui rassemblaient grand monde, faisait que de nombreuses voitures hippomobiles faisaient halte au village déversant des flots de touristes.


Certains de ces visiteurs nous ont laissé des témoignages vivants de leur visite au pays.


Nous en avons retrouvé trois parus dans la presse relatant des commémorations aussi différentes que la Saint Hubert ou le 14 juillet, auxquelles ces visiteurs assistaient.


En cette période estivale comment résister au plaisir de vous faire part des impressions que ressentaient les visiteurs de notre village ?


Voici ces trois récits qui nous plongent dans un moment donné de la vie à Saint-Jean-aux-Bois, l’un du 21 juillet 1883, l’autre du 30 mai 1888, le dernier du 30 août 1897 qui nous narrent une excursions dans notre village.


Ils nous décrivent très bien ce qu’était alors Saint-Jean, il y a environ 130 ans de cela.


Mercredi 21 juillet 1883 — Le Progrès de l’Oise.


On nous écrit :


Monsieur le rédacteur,


Je me suis rendu en excursion, le jour du 14 juillet, au charmant village de Saint-Jean-aux-Bois. J’ai constaté avec beaucoup de plaisir qu’on y célébrait avec entrain la fête de la République. La plupart des habitants s’étaient donné rendez-vous sur la place de la mairie, à deux heures d’après-midi. J’y ai vu arriver la subdivision des sapeurs-pompiers en grande tenue, ayant à sa tête un jeune sous-lieutenant, qui commande avec autant de sang-froid que de précision.


Mat de cocagneAprès la revue passée par les autorités, qui ont adressé des paroles de félicitations et d’encouragement aux hommes et à leur commandant, les autorités, les sapeurs-pompiers et un certain nombre d’invités sont montés dans la salle de la mairie, où des rafraîchissements parfaitement servis leur ont été offerts.


Pendant ce temps, les jeux et divertissements se préparaient.


On commence par le Mât de Beaupré où j’éprouve beaucoup de plaisir à voir les jeunes gens se disputer les prix avec ardeur. Enfin, après nombre de tentatives infructueuses, un jeune garçon arrive tout près des prix ; Il va les saisir !… Par malheur il chancelle !… il va tomber !… Mais s’il perd son équilibre, il ne perd pas son sang-froid, il s’élance en avant et saisit le petit drapeau fiché à l’extrémité du mat. Les membres de la commission chargée d’adjuger les prix applaudissent ; mais les jeunes gens qui concouraient se mettent à protester et prétendent que le prix n’est pas régulièrement gagné. Néanmoins M. le maire de la commune, malgré la menace de ne plus concourir des jeunes gens et conformément à l’avis de la commission, décide que le premier prix a été régulièrement gagné et qu’il sera délivré. Il ajoute que les autres prix ne seront pas décernés et seront consacrés à la course en sac.

à suivre 


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