La maîtresse de couture

Il nous est déjà arrivé de souligner le climat tendu qui régnait en cette fin du XXIe siècle et début du XXe entre les deux factions dites républicaines d’un côté, et cléricales de l’autre, tant au niveau national que local.


Nous en avons encore un exemple avec « la maîtresse de couture », enseignement que chaque école était tenu de dispenser aux élèves filles et étant à la charge des communes.

 

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Nous nous bornerons à ne faire référence ici qu’aux principaux documents d’archives traitant de cette question, nous dispensant de commentaires. Mais il s’agit d’un moment de l’histoire de Saint-Jean qu’il nous faut connaître.


A l’époque c’était monsieur Paul de Royer qui était le maire de Saint-Jean, dont les tendances étaient plutôt portées du côté clérical.

 

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Le 5 octobre 1900, devant le conseil municipal : « M. le président donne connaissance d’une lettre de M. le sous préfet en date du 11 septembre 1900, relativement au traitement de la maîtresse de couture.

Le conseil, attendu qu’il existe maintenant à St Jean aux Bois une école de filles où la couture est enseignée gratuitement,

Que cette école comprend actuellement 46 élèves,

Que madame Devillers, femme de l’instituteur se déclare prête pour l’année 1901 à enseigner gratuitement aussi la couture aux jeunes filles de l’école communale,

Qu’il n’y a donc pas lieu pour le budget de 1901 de voter des fonds relativement à ce service,

Par ces motifs ;

Le conseil municipal supprime pour l’exercice 1901 le traitement de la maîtresse de couture ».

 

Le 18 octobre, le sous préfet informe le préfet de ce refus et précise : « J’ai fait observer au maire de cette commune que cette dépense était obligatoire et je l’ai invité à me faire connaître les motifs de cette suppression.

Le Maire de Saint-Jean-aux-Bois ; M. de Royer, qui est l’un de nos adversaires les plus ardents, m’a d’abord fait savoir ; par lettre, que son conseil avait refusé de voter le traitement de la maîtresse de couture par la raison qu’il existait dans sa commune une école libre de filles où l’enseignement de la couture est donné gratuitement.

Et, en effet, il existe depuis un an, une école dirigée par des congréganistes qui a été créée et installée par M. de Royer lui-même.

P1010042Cependant, le lettre de M. le Maire, me paraissant insuf-fisante, je l’ai invité à soumettre la question à son con-seil municipal et à me faire parvenir la délibération prise par cette assem-blée.

J’ai l’honneur de vous transmettre la délibération qui a été prise en confor-mité de mes instructions, et par laquelle le conseil municipal fait savoir qu’il persiste dans son refus de voter la dépense afférente au paiement du traitement de la maîtresse de couture pour les motifs :

1° qu’il existe maintenant à St Jean aux Bois, une école de fille où la couture est enseignée gratuitement.

2° que Mme Devillers se déclare prête à enseigner gratuitement aussi la couture aux enfants de l’école communale. 

Il est vrai que Mme Devillers est disposée à renoncer à son traitement de maîtresse de couture ; mais elle n’a consenti à cette renonciation que pour sauvegarder les intérêts de son mari, instituteurs à St Jean aux Bois, qui a été menacé par M. de Royer de se voir remplacer comme secrétaire de mairie et de voir supprimer le supplément de traitement de 400 francs qui lui est accordé.

La renonciation de Mme Devillers n’a donc pas été libre, mais eût-elle été spontanée, qu’il ne m’en paraîtrait pas moins nécessaire de maintenir le crédit de 100f, affecté au traitement de la maîtresse de couture, cette dépense étant obligatoire ».

 

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