Les chasses royales et les destructions de récoltes dues au gibier (1)

 

Le gibier qui était maintenu en forêt de façon qu’il soit suffisamment important pour fournir les chasses royales faisait que de nuit ces animaux effectuaient des ravages dans les cultures des villages forestiers environnants. Les habitants de St Jean en particulier souffraient de ces dégâts sur leurs maigres récoltes.

 

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Tout commence début 1826 lorsque les habitants des hameaux de La Brévière et de Malassise demandent au Conservateur de la maison du Roi à Compiègne, qu’une somme de 200 francs leur soit attribuée pour l’établissement d’un garde biche chargé de repousser le gibier de leurs cultures.

 

Le dossier du pâturage en forêt est un dossier volumineux classé dans la série N (articles 2 N 3 ; 2 N 5 et 2 N 8) pour les archives communales et 2 Op 13 761 pour les archives départementales.

 

Ce dossier comporte plusieurs lettres échangées sur la période comprise de 1826 à 1829 entre la maison du roi, l’administration forestière et le préfet et  les habitants, le conseil municipal et en particulier de son maire.

 

Car, si dès le départ, les habitants de Saint-Jean sont disposés à un arrangement avec l’administration, ceux-ci désirant conserver la tolérance qui leur est accordée de faire paître leurs bêtes en forêt, il n’en est pas de même pour le maire. Celui-ci possède une grande partie des terres du village et trouve plus avantageux de toucher les indemnités que lui verse le domaine royal en compensation des dégâts occasionnés par le gibier que de les abandonner pour faire paître en forêt ses quelques vaches. A vrai dire il n’a pas besoin de la forêt, ses propres prés lui suffisant largement.

 

Aussi dès le départ, il campe sur ses exigences, entrainant à ses côtés le propriétaire de la pâture de l’ancien étang de Saint-Jean. Ce dernier l’abandonnera dans cet entêtement quelque temps plus tard.

 

On va le voir tout au long de ce dossier, le maire Leduc, refuse tout arrangement au détriment des intérêts de l’ensemble de ses administrés.

 

Les chapitres qui suivent vont permettre de vous rendre compte des difficultés et des tensions qui sont survenues pour arriver à un compromis qui satisfasse les uns et les autres.

 

Mais cela a demandé près de 3 ans !

 

Notre propos n’est pas ici de traiter des chasses royales qui demanderaient un livre entier, mais du gibier qui était maintenu en forêt de façon qu’il soit suffisamment important pour fournir ces chasses.

 

Léré en particulier a écrit sur ces chasses, des dizaines, voire des centaines de pages qu’il serait intéressant un jour de publier. Ainsi, pour l’année 1828, il transcrit un “État du fauve de la forêt de Compiègne le 1er mai“. Nous y lisons le dénombrement suivant :

 

Cerfs 10 cors : 86 — cerfs 4 têtes : 67 — cerfs 3 têtes : 68 — cerfs 2 têtes : 51. daguets, hères : 90 — biches : 232 — daims : 57 — daines : 78 — sangliers : 441 — chevreuils : 648, soit un total de 1059 animaux auxquels il faut ajouter les lièvres, des milliers de lapins, des faisans et perdrix, etc…

 

De nuit ces animaux faisaient des ravages dans les cultures des villages environnant et dans la forêt. Les habitants de St Jean en particulier souffraient de ces dégâts sur leurs maigres récoltes.

 

Les plus fortunés firent construire des clôtures autour de leurs propriétés, mais la majorité n’en avait pas les moyens et subissait des destructions innombrables.

 

Début 1826, les habitants des hameaux de La Brévière et de Malassise demandent au Conservateur de la maison du Roi à Compiègne, qu’une somme de 200 francs leur soit attribuée pour l’établissement d’un garde biche chargé de repousser le gibier de leurs cultures. C’est le point de départ de cette affaire.

 

Cette demande est transmise le 3 juin au Ministre de la maison du Roi qui répond le 20 du même mois aux propositions que lui fait le Conservateur qui plaide en la faveur d’un arrangement.

 

20 juin 1826

            Copie de la lettre de son Excellence le ministre de la Maison du Roi.

 

En me transmettant, Monsieur, avec votre lettre du trois de ce mois, la demande des habitants des hameaux de La Brévière et de Malassise, commune de Saint Jean, tendant à obtenir une somme de deux cents francs pour l’établissement d’un garde biches, chargé de repousser le gibier de leurs cultures, vous me demandez s’il ne conviendrait pas d’exiger que cette commune souffrit sans indemnité les dégâts du gibier, en considération du pâturage dont elle joui en forêt gratuitement et par tolérance, et vous me proposez de conclure un arrangement tant avec cette commune qu’avec celle de Vieux Moulin.

1 20 juin 1826 Ministre au préfetCe qui dans votre opinion pourrait motiver cette mesure, c’est que la commune de Saint Jean, entièrement composée de domaines ecclésiastiques aliénés pendant la révolution, n’a conservé aucun des droits d’usage que possédait les établissements religieux, attendu qu’une clause expresse de la vente nationale a stipulée que les nouveaux propriétaires ne jouiraient d’aucun des usages onéreux qui avaient été concédés aux précédents possesseurs.

Une seconde considération également favorable au parti proposé, porte qu’elle tient aux principes de la justice distributive, c’est que la commune de Vieux Moulin, joui à la vérité comme celle de St Jean de l’avantage d’envoyer des troupeaux au pâturage dans la forêt sans y être autorisé autrement que par la simple tolérance de l’administration, mais que  d’un autre côté, elle souffre les dégâts du gibier, ce qui fait naître quelques sentiments de jalousie entre ces deux communautés d’habitants.

La position des communes de Saint Jean et de Vieux Moulin, sous le rapport des usages dont elles jouissent dans les bois de la couronne a quelque analogie avec celle de plusieurs communes riveraines de la forêt de Fontainebleau avec lesquelles il a été fait l’année dernière des arrangements qui les ont maintenus dans les jouissances de ces mêmes usages sous la condition de renoncer à toutes réclamations d’indemnité pour les dégâts du gibier. Il y a par conséquent des motifs pour user envers les premiers des moyens qui sont mis à la disposition des domaines pour conclure avec elle une transaction sur les mêmes bases.

Je suis d’autant plus porté à adopter ce parti que les habitants de St Jean sont divisés en deux classes, dont l’une se montre disposée à adopter le système de l’établissement des gardes nuit, tandis que l’autre, à la tête de laquelle se trouve la maire, refuse de prendre part à cet arrangement.

Je vous prie donc, Monsieur, de faire connaître mes intentions aux habitants des deux communes dont il s’agit et de leur annoncer que s’ils ne consentent point à traiter avec le domaine pour la conservation de leurs usages aux conditions qui viennent d’être indiqué, je serai forcé d’interdire à leurs troupeaux l’entrée de la forêt.

Pour traiter régulièrement cette affaire, il faudra qu’elle soit soumise à l’examen des Conseils municipaux qui prendront à ce sujet une délibération en suite de laquelle je statuerai sur la demande des deux communes conformément à ce qui s’est déjà fait avec les communes riveraines de la forêt de Fontainebleau.

Lorsque j’aurai reçu votre réponse, je vous donnerai, s’il y a lieu, l’autorisation nécessaire pour faire droit à la demande des habitants de La Brévière et Malassise.

Recevez ……

                                                                                                         Le Ministre

 

1. Des battues précédentes avaient permis d’en tuer 150, ce qui explique peut-être ce nombre de 44 qui paraît faible.

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