Les impressions d’un visiteur de Saint-Jean (troisième article 2)

Quand on a passé la vieille porte, aujourd’hui refuge des rares routiers et malandrins, violon débonnaire de la commune, on a, devant soi, une grande cour dont le fonds est occupé par l’église sous le vocable de saint Jean-Baptiste et de sainte Euphrosine. C’est une vaste nef de style ogival primitif, avec contreforts et corbeaux, veuve de clocher et sans déambulatoire.


Place-de-l-eglise-vers-1910-copie.jpgÀ l’antérieur, auprès de la petite porte dont l’archivolte est ornée de tores et de dents de scie, est un joli sarcophage roman, qui ne renferme que des légendes, n’en déplaise aux annalistes. Oh ! Allez la voir, l’église ! Restez-y un instant seul, méditant sur le passé, sur l’histoire. Évoquez surtout les ombres des hôtes familiers qui venaient à matines et à laudes, y prier pour le bon roy Loys et son doux royaume de France…


Une chapelle capitulaire, mais plus ancienne, est attenante à l’église. L’état l’a fait tout récemment restaurer avec habileté. Le cottage La Moussière, logis estival d’un vieil ami des bois, l’un de ces poètes aimés, a gravé sur l’un des piliers de son enceinte la date de la naissance du couvent dont il a pris quelques arpents, en concurrence avec le cimetière que nous voyons tout endeuillé par les hauts mélèzes, les cyprès et les sapins. Paix aux trépassées ! Retournons-nous vers les chaumes où pousse la saxifrage, vers l’école propre mais bien fausse au diapason de ces éléments d’un autre âge. Quand on l’a construite cette école, on ne croyait mieux faire qu’en la plaçant vis-à-vis de l’église, cette autre école du cœur ! Curieux détail pour qui observe, Saint-Jean possède encore un four banal où les malheureux viennent cuire après la glane et durant l’hiver.


Les maisons de Saint-Jean ne ressemblent point à celles de Vieux-Moulin. Elles sont plus rustiques, plus ridées, plus vieillottes mais aussi plus fleuries. Le boquillon aime les fleurs. Aussi, en place-t-il partout sur les fenêtres, dans son clos, dans ses mansardes, autour des puits et jusque sur les toits.  

 

On est ici, en présence de gens heureux, sans orgueil, sans envie. Puissent Saint-Hubert et l’apôtre préféré les tenir toujours en joie, comme chante dom Bazile dans le chef-d’œuvre de Balzac.


1911.gifQue de jolis noms, souvent même curieux dans leur simplicité, portent gaillardement ces bons bûche-rons : Toussaint, Contant, Le Roy, Tourneur, Perdu, et, amusante anomalie ! Langelez… dans les bois ! Tels sont, à peu près, tous les noms du village. Quelques familles seulement à la nombreuse lignée vous obligent toujours à joindre au nom familial des prénoms tout aussi forestiers : Sylvestre, Rustique, Hubert, Silvain et Jean-Baptiste, parrain de tout le village.


Les filles ont fait appel au calendrier démodé mais si bien approprié à ce pays champêtre. Presque toutes répondent aux gracieux prénoms de Milia, Zélia, Esmérancienne et Fleurance, sans préjudice de quelques Jeanne obligatoires.


Aux auberges sont encore pendues ces enseignes de tôle qui grincent à tous les vents : Au grand Saint-Hubert, Au rendez-vous des Gardes, Au fidèle Chasseur, Au Grand Cerf, Aux Bons Amis, À la Vieille Meute, etc… Entrez dans l’une de ces auberges, vous y trouverez simple mais bon gîte. De braves commères savent encore vous rissoler les cèpes et les chanterelles, vous griller un écureuil et vous fricasser un lapereau et ce, contre modique redevance.


Les carrefours, eux-mêmes, se sont donné le mot pour tresser à Saint-Jean une galante et mythologique couronne. Écoutez leurs échos qui répondent aux jolis noms des Naïdes, de Diane, de l’Oiseau, du Bois-des-Dames, du Bocage, des Biches, du Boquet-Colin et des Amoureux. N’y a-t-il pas là malice des dieux ?…

Demain suite et fin de l’article


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