Le passage des troupes de Turenne à Saint Jean (2)

 

Bien que se situant dans d’autres lieux, (aux environs de Chevreuse) Léon Duvauchel, par l’intermédiaire de ses personnages, dans sa pièce de théâtre “Jean Sauvegrain”, qui se déroule pendant la seconde fronde, de septembre à octobre 1652, relate des atrocités non moins barbares, où les soldats “partout pillant, incendiant ”, “Des maraudeurs frappant les femmes, les malades, nous nombrant leurs méfaits par mille estafilades : le grand Pierre a vu plus d’un corps mort, mal ou point enterré dévoré par les loups”, “Des êtres demi-nus, rampant le long des haies, bétail humain, nourri d’herbe et de quelques baies ; des villages n’offrant que d’informes débris”, “Quelle armée !…Un ramas d’étrangers, mercenaires que rien n’attache aux vieux chaumes originaires ”.

 

Plan cavalierLa composition des armées à l’époque n’avait rien à voir avec celles que nous connaissons aujourd’hui, bien équipées, organisées et disciplinées. C’était la plupart du temps des troupes hétéroclites. Nous lisons dans “lHistoire militaire de la France” page 381 : “Souvent mal nourris à cause de l’irrégularité des soldes, les combattants étaient accompagnés de toutes sortes de gens que n’entretenaient pas les souverains : vivandières, valets servants, quelquefois de passe-volant, épouses, prostituées, enfants et aussi anciens soldats mutilés n’ayant plus d’autres ressources que la maraude”.

 

PLAN DE 1762 (2) Plan cadastral de 1827

Entre le plan cavalier du XVIIe siècle, le plan de 1762 et l’extrait du relevé cadastral de 1827, on s’aperçoit que l’église et les bâtiments conventuels n’ont pas subi de dégradations notoires.  

 

Dans une lettre en date du 24 juillet 1652, Turenne, “appelle l’attention du ministre sur la misère des troupes qui depuis longtemps ne touchaient pas de solde, sur les désertions possibles qui réduiraient l’effectif de l’armée ”.

 

Aussi le pillage était-il, sinon encouragé, du moins largement toléré. Le maréchal de Turenne apprenant que le prince de Condé s’était fortifié dans son camp des Croûtes s’arrêta à Verberie.

 

Le prince de Condé ne demeura que peu de temps à Béthisy. Il leva son camp, et alla rejoindre les ducs de Wirtemberg et de Lorraine, qui avaient leur quartier général à Bazoches.

 

Dans son “Histoire de Villers-Cotterêts” (édit. 1886) Alexandre Michaux écrit : “Condé s’empare de Crépy, mais bientôt assiégé par Turenne, commandant l’armée du roi, il est obligé d’en sortir et se réfugie dans la forêt de Villers-Cotterêts. Il établit son camp dans le désert de la Tour du grain, près des Quatorze Frères, au carrefour des routes de Soissons et de la Ferté-Million. Turenne, lancé à leur poursuite, le surprend la nuit et le force de fuir ; les princes pressés vigoureusement par le vaillant général et sans cesse battus, se dispersent et abandonnent le Valois le 15 octobre 1652. Les habitants eurent fort à souffrir de ces malheureuses discussions civiles. Les armées mettaient tout à contribution, comme en pays ennemis, et ce fut surtout, après la défection des Frondeurs que les pauvres campagnards purent apprécier les horreurs de la guerre. Dans leur fuite, les Lorrains mettaient tout à feu et à sang ; partout sur leur passage, ils pillaient, ils brûlaient ce qu’ils ne pouvaient pas enlever ; ils massacraient sans pitié ceux qui faisaient mine de leur résister, ou souvent même ceux qui, sans leur résister, s’offraient à leurs yeux ”.

 

Mémoire de TurenneCes exactions n’étaient pas le seul fait des troupes du prince de Condé. Carlier écrit à ce sujet : “Le maréchal de Turenne … s’arrêta à Verberie. Cette armée de laquelle le pays attendait sa délivrance, commis de grands ravages dans le canton”.

 

La seule période où Turenne et son armée marchât vers Compiègne se situe vers la fin juillet, au moment où les Espagnols venant de Flandre descendaient sur Paris.

 

Dans ses mémoires, la seule référence à Compiègne faite par Turenne se résume à une portion de phrase “… on résolut que la cour irait à Pontoise et que l’armée marcherait en diligence sur Compiègne.”

 

On peut penser que les événements concernant St Jean se situent dans la période où Turenne pourchassait Condé en direction de l’est, c’est-à-dire vers la mi-août.

 


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