Traitement de la rage

Vous lirez ci-dessous les recommandations publiées par ordre du gouvernement dans le très officiel « Annuaire du département de l’Oise », au milieu du 19e siècle


Traitement de la rage.

 

83135747_small.jpegUne personne mordue par un animal enragé n’éprouve guère les symptômes de la rage avant le trentième ou le quarantième jour. Il faut cependant la secourir immédiatement après l’accident.


1° On déshabillera le malade, et on mettra ses vêtements dans l’eau pour prévenir la contagion, dans le cas où ils auraient touché la bave.


2° Si la morsure est récente, on la laissera saigner, et on la pressera dans tous les sens pour faciliter l’écoulement du sang ; alors on la lavera avec de l’eau, ou mieux encore avec de l’eau tiède, dans laquelle on aura fait fondre du sel ou du savon. Si la morsure est petite et profonde, on l’agrandira à l’aide d’un canif bien aiguisé, et on la pressera ; cette opération deviendra inutile si l’épiderme seul a été enlevé. Il faut faire attention que souvent les blessures paraissent superficielles, quoique le venin ait pénétré profondément.


rub-CHATS-EN-COLERE.gif3° On lavera la plaie ; on choisira pour l’essuyer un linge un peu rude, afin de l’irriter et d’en exprimer le sang ; il serait même utile, pour remplir ce but, d’y appliquer une ventouse.


On applique une ventouse, en posant sur la plaie un verre à boire du côté de son ouverture, dans lequel on met brûler un peu de papier, et en pressant ce verre avec la main contre la partie blessée.


4° On cautérisera les blessures et même les écorchures avec l’eau des caustiques indiqués ci-dessous :


a) Le fer rouge. On fera rougir jusqu’au blanc un morceau de fer plus large que la plaie et on la brûlera ; la douleur sera d’autant moindre et le succès d’autant plus sûr, que le fer sera plus chaud.


Vulpes1_CAV.jpegb) La pierre infernale. On la réduit en poudre, et on l’applique sur toute la surface de la plaie ; on la recouvre de charpie ; on met un bandage serré, et au bout de cinq à six heures, on lève l’appareil.


c) La pierre à cautère peut s’employer de la même manière que la précédente.


d) L’huile de vitriol. On attache un pinceau fait avec de la charpie effilée à l’extrémité d’un petit morceau de bois, on le trempe dans de l’huile de vitriol, et on l’applique sur toute la surface de la plaie ; on recommence cette opération plusieurs fois, en ayant soin d’appuyer spécialement sur les parties que l’on veut cautériser avec plus de soin ; on fait ensuite un tampon de charpie, on l’applique sur la plaie, on entoure celle-ci de charpie, et on met un bandage.


imgres-2.jpege) Chaux vive et savon. On fait une pâte avec une once de savon tendre et autant de chaux vive réduite en poudre ; on étend cette pâte  sur un linge et on l’applique sur la plaie ; on le recouvre d’un bandage qu’on laisse pendant une demi-heure.


f) L’huile bouillante. On ne doit l’appliquer qu’à l’aide d’un entonnoir qu’on appui fortement sur les environs de la plaie, afin d’empêcher la cautérisation des parties voisines.


Les caustiques préférables sont le fer rouge et l’huile de vitriol. La cautérisation doit être exacte et profonde ; si elle est légère, elle ne suffit pas pour prévenir la rage. Lorsque les accidents ne diminuent pas, on doit cautériser de nouveau.


Si les blessures sont nombreuses, il faut les cautériser successivement, en laissant un jour d’intervalle, et en commençant par celles de la tête ou du visage.


Fichier-Tableau_Louis_Pasteur.gif5° Six ou sept heures après avoir cautérisé, on applique sur l’escarre un large vésicatoire, qui doit être pris chez un pharmacien ; on le laisse pendant douze heures, puis on l’enlève et on coupe l’épiderme boursoufflé avec la pointe des ciseaux ; on panse deux fois par jour avec une feuille de poirée, sur laquelle on met du beurre et du cérat adoucissant.


6° Lorsque l’escarre tombe, ce qui a lieu du cinquième au huitième jour, on cherche à cicatriser la plaie, si toutefois l’on aperçoit que la cautérisation ait été plus profonde que la plaie faite par la dent de l’animal, dans le cas contraire, on doit cautériser de nouveau, et on entretient la suppuration pendant quarante ou cinquante jours.


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Note personnelle en conclusion : si à la suite de ce traitement le patient n’est pas mort, il lui reste la rage qui peut être tout aussi efficace.

 

 

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