L’aménagement du nouveau cimetière (5)

 

1874

 

Aux inconvénients que posaient les autorisations d’inhumations accordées sans avoir acquis de concessions dans le cimetière et l’usage qui autorisait, après cinq années, l’ensevelissement d’une personne, dont la famille n’avait pas de concessions, à la place même où un parent avait déjà été enterré le maire souhaite mettre fin. Le sous préfet lui envoie la note suivante :

 

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A la suite de quoi le maire prend en date du 10 mai 1874 l’arrêté suivant :

 

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Le sous préfet renvoie au maire la lettre qu’il lui avait écrite le 31 août accompagnée en marge de l’annotation suivante.

 

2-31-aou-t-1874-LETTRE-DU-MAIRE.jpg

 

A la suite de quoi le maire prendra un nouvel arrêté le 10 septembre 1874, qui sera approuvé par le préfet.

 

3-10-SEP.jpg

 

C’est à partir de ce moment que les concessions deviendront la règle pour les inhumations.

à suivre…

L’aménagement du nouveau cimetière (4)

 

Construction du mur du cimetière


Clauses et conditions particulièrs à l’adjudication


Clauses-et-conditions.jpg

 

Procès-verbal d’adjudication

 

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Procès-verbal de réception.


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Première page du mémoire des travaux du mur.


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à suivre…

L’aménagement du nouveau cimetière (3)

Les deux premières concessions qui figurent dans les archives datent de 1863. L’une datée du 16 avril pour une personne décédée le 10 janvier 1863 et l’autre du 18 mai pour une personne décédée le 23 octobre 1861. Cette personne a donc été inhumée une première fois à son décès en 1861 puis déplacée ensuite dans sa sépulture définitive en 1863.


Durant les années 1860, 1861, 1862 et jusqu’au 10 avril 1863 il y eu respectivement 10, 5, 12, 1, soit 28 décès.


Peut-on penser alors qu’en 1860 et peut-être en 1861 certaines inhumations eurent encore lieu dans l’ancien cimetière ? D’autre part le faible nombre de demandes de concession figurant dans les archives entre 1863 et 1872 peut-il permettre de penser que peu de familles se préoccupaient d’en avoir une à leur nom, une simple tombe suffisant à conserver le souvenir du défunt. Les autorisations d’inhumations, accordées à cette époque, ne nécessitaient pas l’acquisition de concessions temporaires ou perpétuelles, et l’usage autorisait, après cinq années, l’ensevelissement d’une personne, dont la famille n’avait pas de concessions, à la place même où un parent avait déjà été enterré. Ce qui amènera le maire, en 1874, afin de faire cesser ces pratiques à prendre un arrêté dont nous reparlerons. (Des raisons financières pouvaient aussi freiner l’acquisition d’une concession)

 

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Une des toutes premières concessions (Archives départementales 2 Op 13758)

 

Construction d’un mur

 

Afin de séparer le cimetière de la place publique, la construction d’un mur s’avérait nécessaire. Le conseil municipal adopte à cet effet deux délibérations, pour en décider le principe et pour définir les conditions et le financement des travaux.


1865 Délibérations

 

Le mur du cimetière dont il s’agit (photo prise vers 1890)

Mur-du-cimetie-re.jpg

Saint Jean aux Bois. Eglise , : extérieur, abside, croisillon sud.  Ministère de la culture.  Auteur : Lefèvre-Pontalis (historien.  Négatif noir et blanc Support verre. Gélatino-bromure.  Réf. APLP007527. Avec l’aimable autorisation de monsieur J.D. Pariset, directeur de la médiathèque de l’architecture et du patrimoine.

à suivre…

L’aménagement du nouveau cimetière (2)

Par lettre du 11 mars, le maire consulte le sous-préfet afin de savoir ce qui doit être fait pour déterminer le prix des concessions que le conseil envisage de mettre en application. Ce dernier lui répond par courrier en date du 17 mars :

 

Lettre-au-maire-17-mars-1860.jpg

Archives départementales 2 Op 13757

 

Conformément à ces recommandations, le 25 mars 1860, le conseil municipal adopte la délibération fixant le prix des concessions du cimetière classées en trois catégories. Le plan du cimetière et le tableau des décès correspondent à ceux reproduits hier.

 

1-Concessions-cimetie-re.jpg

 

Cette délibération est adressée au sous-préfet de Compiègne qui la transmet le 10 avril au préfet accompagnée d’une lettre ainsi libellée :

 

Lettre-du-10-avril-du-S-pre-fet-au-pre-fet.JPG

Archives départementales 2 Op 13757

 

Cette délibération est approuvée par le préfet le 19 mai suivant.

 

Arre-te--du-pre-fet-recto.jpgArre-te--du-prefet-verso.jpg

Archives communales 2M4-3

à suivre …

L’aménagement du nouveau cimetière

Pour mémoire rappelons que l’ancien cimetière se situait dans la grande cour, juste devant le portail de l’église et que cela ne manquait pas de poser de nombreux problèmes. Le nouveau bâtiment mairie/école qui se trouvait pratiquement à la limite de ses murs, en était le principal. En réduisant la surface de la cour, la libre circulation sur la place en était gênée. A l’époque c’était l’unique passage, depuis la porte d’enceinte, pour rejoindre l’église, les habitations et les bâtiments de l’ancienne ferme.


Nous avons déjà traité de ce sujet par un article daté du 7 décembre 2011 auquel vous pouvez vous reporter.

 

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Une vue sur la grande cour croquée entre 1810 (l’école contre l’église date de 1810) et 1843 (la nouvelle mairie-école 1843 n’existe pas encore). Au premier plan la mare qui occupait une partie de la place et devant le porche de l’église, l’ancien cimetière entouré de son mur. (Dessin reproduit avec l’aimable autorisation de monsieur Pariset, directeur de la médiathèque de l’architecture du patrimoine)


En 1860 le nouveau cimetière aménagé et les anciennes tombes déplacées, la préoccupation du conseil municipal fut de prévoir son organisation par la création de carrés réservés aux tombes dites perpétuelles, trentenaires et temporaires.

 

Plan-du-nouveau-cimetie-re.jpg

Premier plan du nouveau cimetière. Sur ce plan daté de 1860 le cimetière s’étendait jusqu’aux maisons qui se trouvent sur la place. Mais devant la protestation des habitants défavorables à ce que le cimetière s’étendre au-delà du puits communal par crainte de la pollution des eaux de celui-ci (représenté en bleu sur le plan), il fut ramené à des dimenssions plus réduites, laissant une partie en prairie qui deviendra par la suite le jardin de l’instituteur. Cette partie est actuellement en passe d’être aménagée en vue d’étendre la superficie du cimetière.

 

Plan-du-cimetie-re-copie-1.jpg

Plan masse définitif du nouveau cimetière. On note l’emplacement de l’ancien cimetière devant le porche de l’église (Archives communales 2M4-2)

 

Plan-du-cimetie-re-copie.jpg

Le nouveau cimetière

 

LégendeEn dehors des sépultures de Poulletier et Leduc, tous deux anciens maires, nous ignorons le nombre de tombes qui furent, de l’ancien cimetière, déplacées dans le nouveau.

 

Cependant le tableau ci-dessous dressé le 4 avril 1860 nous montre, si l’on tient compte des seules cinq années qui avaient précédées qu’il y avait eu 41 décès dans le village. Il aurait été difficile, eu égard des morts et des familles de ne pas conserver leurs sépultures.

 

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Archives départementales Op 13757

à suivre…

 

 

Les petits réfugiés juifs allemands à La Brévière (6)

Hormis ces péripéties qu’en est-il de Chritoph Hollaender ?


Des notes laissées par son père et que Madame Hollaender nous a transmises, nous relevons qu’il est né Naumburg, ville située dans le land de Saxe-Anhalt au bord de la Saale. (Région agréable vallonnée et verdoyante que je connais pour avoir séjourné à Halle sur Salle il y a de nombreuses années).


Son père Otto, avocat, était une personnalité reconnue à Naumburg, secrétaire du Parti démocrate local. Sa mère institutrice, était membre de la branche locale du S.P.D.. Leur famille se composait de cinq enfants. Sa mère n’était pas juive et son père considéré comme ne l’étant pas par les juifs religieux.


Hitler étant arrivé au pouvoir, la population juive commençait à être persécutée. Dans la petite ville de Naumburg des articles tendancieux firent leur apparition dans les journaux et autres publications. Son père s’oppose ouvertement au fascisme, critique les opinions politiques de nationaux socialistes et leur conduite publique. Avec ses vues démocratiques, ses attaques ouvertes contre les nazis, il s’attire rapidement leur haine.


Le jour où son père devait être arrêté il ne se trouvait pas chez lui. Avec l’aide de collègues de Sarrebruck et du syndicat mondial juif il peut partir pour Paris où sa famille le rejoint. Comme écrit plus haut ils habitaient Paris, boulevard de la Porte Royale dans le 8e arrondissement.


Photo-Christoph.jpgDans la courte biographie qu’il a rédigé Christoph Hollaender écrit :

« De juillet 1933 à mars 1935 je vécu à Paris avec de courtes interruptions. Pendant ce temps je fréquentais plusieurs écoles privées, pendant la plus grande période je fréquentais une école pour garçons à Neuilly. Je m’y sentais bien. J’appris beaucoup en français, les journées étaient longues, du lundi au samedi midi. Ma mère également me faisait parler français et m’instruisait sur un banc du jardin des plantes près de notre hôtel. Pour mon plaisir, je prenais le métro pendant des heures, je collectionnais de petits plans de la ville où se trouvaient les lignes de métro.

Ma première école en France se trouvait dans un petit village, Saint-Jean-aux-Bois, plus exactement La Brévière, dans un château où furent accueillis trente enfants juifs. Ce ne fut pas un temps heureux pour moi, malgré la peine que se donnait la directrice madame Hasse. Elle fit du mieux qu’elle put.

Par des relations ma mère avait entendu parler d’une institution à Haarlem au Pays Bas où des enfants juifs et demi-juifs étaient accueillis gratuitement et recevaient une instruction. Mes parents trouvèrent que ce serait mieux pour moi et obtinrent une place pour moi. Le 16 mars 1935 je pris le train de nuit en gare du nord. Mon père m’accompagna et c’est là que je le vis pour la dernière foi. (Otto Hollaender est mort à Paris le 24 janvier 1937, sa tombe se trouve à Neuilly).

De mon séjour en France j’ai retiré le bénéfice de comprendre le français courant et de le parler à peu près ».


De 1935 à 1945 il séjournera dans cette institution. En 1941, le séjour des juifs fut interdit aux Pays Bas. Il doit, aussi longtemps que la Hollande est occupée par la Wehrmacht, y vivre illégalement.


En 1945, un de ses frère, émigré en Australie, lui proposa de le rejoindre. Sa mère vivait alors en Allemagne de l’est. Il eut la possibilité de revenir en Allemagne, mais il se trouvait bien aux Pays Bas et décida de rester. Il y travaille comme professeur d’allemand et français, et plus tard comme inspecteur des écoles primaires à Amsterdam.


Fin 1950 il obtint la nationalité Néerlandaise.


Christoph Hollaender est actif dans de nombreux domaines de la vie publique et reçoit les Hauts Ordres Royaux.


Il décède au mois d’août 2009.


Voici l’histoire d’un enfant qui vécu une brève période de sa vie dans notre village. Espérons que d’autres familles, nous fassent part un jour de la présence de l’un des leurs à La Brévière.

Les petits réfugiés juifs allemands à La Brévière (3)

2) Article paru dans le Progrès de l’Oise du 10 mars 1934

 

Progre-s-de-l-Oise.jpgSaint-Jean-aux-Bois. — Étranges cambriolages

On sait que le Comité français de l’Union internationale de secours aux enfants a recueilli une quarantaine d’enfants de réfugiés allemands qu’il a installé au château de La Brévière, appartenant à Mme Aschberg. Cette colonie est placée sous la direction de Mme Hasse.

Le mardi 30 janvier, au matin, on constata les traces d’un vol commis dans la nuit. La porte principale du château était ouverte ainsi que les fenêtres du bureau de Mme Hasse, situé tout à côté au rez-de-chaussée. Dans ce bureau, le portefeuille de Mme Hasse, resté bien en vue, et contenant quelques milliers de francs avait été manifestement fouillé. Les papiers personnels inventoriés, avaient été remis pêle-mêle en place ; l’argent n’avait pas été touché. Les dossiers du bureau avaient eux aussi été dérangés et le contenu de l’un d’eux, les fiches d’enfants donnant des précisions sur les familles avaient été enlevées. Seule une des fiches fut retrouvée à terre.

On établit qu’un homme s’était introduit dans l’immeuble ou, peut-être, il avait été rejoint par des complices.

A quatre reprises, dans le mois qui avait précédé le tentative, on eut très nettement l’impression qu’une surveillance était établie autour du château ; notamment trois semaines avant le vol, une nuit ; Mme Hasse dut tirer des coups de revolver sur plusieurs formes humaines qui, au bruit des détonations, disparurent, non sans laisser de traces.

Était-ce déjà une tentative ou une surveillance ?

Lundi, une nouvelle alerte s’est produite. Au bruit d’une vitre brisée, une collaboratrice de Mme Hasse se précipita dehors. Le bruit semblait provenir des communs tout proche du château. Dans la nuit on eu l’impression que des ombres s’enfuyaient, mais le temps que les domestiques hommes de la propriété arrivant en renfort, il n’y avait plus personne.

L’enquête de la sûreté générale n’a jusqu’ici jeté aucune lumière sur cette étrange affaire.

Dans la nuit de mardi à mercredi, des individus suspects ont encore rodé autour du château de La Brévière.

Des inspecteurs de la police mobile sont arrivés vendredi matin.

 

Gazette-de-l-Oise-1b.jpg

à suivre …

Les petits réfugiés juifs allemands à La Brévière (2)

1 ) Article paru dans le journal « L’œuvre » du dimanche 11 février 1934 et repris par la Gazette de l’Oise du samedi 17 février 1934.

 

Le premier jour, cela commença par des pierres.

Les petits allemands lançaient sur la route les cailloux du jardin. Et le petits français lançaient dans le jardin les cailloux de la route.

Mme Hasse intervint :

— Ce n’est pas avec cela qu’on joue à la balle… Les pierres ça fait mal.

Il était quatre heures de l’après-midi. Elle s’adressa aux petits français qui revenaient de l’école :

— Vous avez goûté ?

— Non…

Elle ouvrit la grille. Ils entrèrent. On rompit le pain ensemble. Puis le chocolat.

Après le goûter la paix était faite.

———

Article 1Mme Hasse s’est fait, depuis longtemps, une solide réputation à Paris. On cherche un dévouement. C’est elle qu’on trouve. Elle ne met qu’une condition à son concours : qu’on ne parle pas d’elle. Quand Mme Aschberg, au mois d’octobre dernier, prêta son domaine de La Brévière, en forêt de Compiègne, au Comité français de l’Union internationale de Secours aux enfants (organisation patronnée par la Croix-Rouge) pour qu’il y soit recueilli temporairement des enfants de réfugiés allemands, le comité ne chercha pas à qui il pourrait confier la direction de la maison. Il dit « Mme Hasse s’occupera de cela… »

Le bureau de la « directrice », à La Brévière, est maintenant décoré de nombreux diplômes. Ce ne sont peut-être pas de vrais diplômes, car ils servent à quelque chose puisqu’ils sont des témoignages d’amitié. Certains représentent des silhouettes de chiens, d’écureuils, de sapins, découpés dans du papier d’or ou d’argent. Un artiste de sept ans a même dessiné, aux crayons de couleur, deux montagnes bleues qu’un arc en ciel réunit.

———

La femme de journée, qui habite le hameau, était-elle là pendant la guerre ?

— Oui… Mais les allemands n’ont fait que passer ici. Ils n’ont rien fait de mal.

Par contre, les officiers de l’état-major français sont restés là très longtemps. Ils occupaient justement la maison.

— On n’a jamais tiré sur nous, au village… Mais une bombe est tombée par là… au bout du treillage.

Elle désigne un coin de forêt qui nous entoure.

« Par là ». Du côté de ces hêtres, de ces bouleaux et de ces charmes…

Elle réfléchit :

— La bombe a fait un trou… un bon trou… La guerre a éclaté… quelle date déjà ? Quatorze. On a eu les allemands tout au début seulement. Et puis les français et des anglais. On a toujours été dans la troupe, jusqu’à la fin…

Sa petite Bernadette, qui a deux ans et demi, vient de se lier d’amitié avec M. Arnold qui arrive de Hambourg ? M. Arnold a, lui, quatre ans. De temps à autre, Bernadette se sauve de chez sa mère. Elle va voir celui qu’elle nomme le « Bébé allemand »…

———

Quand elle ne va pas aider son père dans la forêt, une fille de bûcheron, qui a quatorze ans, arrive à La Brévière. Pour apprendre l’allemand. Une idée qu’elle a eue comme ça… Peut-être depuis qu’à Noël tout le monde s’est retrouvé dans la grande salle : ceux de la maison et ceux du hameau.

On dessine, au tableau noir, une maison, avec les tuiles de son toit, ses portes, ses fenêtres, sa cheminée. A côté on fait un arbre. Les petits allemands écrivent le nom de chaque chose dans leur langue. La fille du bûcheron l’écrit en français.

A huit heures du matin, quand les enfants du village passaient devant La Brévière pour aller à l’école de Saint-Jean-aux-Bois, à trois kilomètres de là, ils essayaient de débaucher les allemands :

— Tu ne viens pas ?

— Trop loin…

— C’est pas plus loin que pour nous…

Finalement l’instituteur de l’école mixte de Saint-Jean, après avoir consulté ses chefs, a accepter vingt allemands.

Ils sont quarante à La Brévière. Ce sont les plus grands, filles et garçons, qui vont désormais en classe.

Quand le jeune instituteur entra en fonction il donna, un jour, comme sujet de rédaction à ses candidats au certificat d’étude, le thème suivant : « Décrivez l’arrivée ou le départ d’un train ». Certains enfants ne purent faire la rédaction : ils n’avaient jamais vu de train.

Ce n’est pas cela qui les a empêchés de s’entendre tout de suite avec les « nouveaux » de cette année. Ils leur parlent très lentement et, quand les allemands ne comprennent pas, on se sert de signes et voilà tout. Interrogez Peter, ce jeune garçon de dix ans, long, pâle, aux yeux assez tristes.

— Comment ça va avec les petits français ?

Son visage s’éclaire. Il hoche la tête de plaisir :

— Ah ! Nous jouons très bien !

———

Le jour de l’armistice, le boulanger, du haut de sa voiture, adressait des signes mystérieux à Mme Hasse. Il voulait qu’elle éloigne Paula, une des assistantes, qui était là, les bras chargés de miches de quatre livres… Il voulait aussi laisser à son émotion le temps de passer… Enfin il se retourna et sortit de derrière son siège quelque chose enveloppé dans uns serviette de toile.

— Tenez. C’est pour vos gosses… pour fêter l’armistice.

Il y avait, sous la serviette, de grandes tartes.

———

C’est une vieille du hameau qui, jusqu’ici, ne parlait à personne et qui allait toujours toute seule en forêt ramasser son bois. Maintenant elle a de la compagnie.

Du plus loin qu’elle les aperçoit elle leur crie :

— Bonjour mes enfants. Bonjour, mes petits garçons. Bonjour, mes petites filles.

Les petits allemands vont avec elle au bois. Ils lui poussent sa brouette.

On rencontre quelquefois le cantonnier qui a été prisonnier en Allemagne. Il cause avec eux. Et les enfants se disputent pour lui porter sa pelle.

———

A quatre heures tout le monde revient de l’école en chantant.

La mère d’un de ces enfants — un petit juif — nous disait ces jours-ci :

A Berlin nous habitions un arrondissement très antisémite. A l’école où il allait, les autres  garçons l’ont souvent battu. Il rentrait toujours en courant chez nous…

———

Arnold, un peu malade, est à l’infirmerie, au premier étage de La Brévière. C’est là que nous lui rendons visite. Arnold, nous vous l’avons dit déjà, a quatre ans. Il a aussi de ravissants yeux bleus et un tablier rose.

— Tu connais Bernadette ?

Il répond d’une voix stupéfiante, énorme :

— Ya.

— Où est Bernadette ?

Sûr de lui, sans même prendre la peine de se hisser jusqu’à la fenêtre, il tend la main dans la direction du hameau.

Pour faire croire qu’il ne sait pas le nom de son amie il répète, à plusieurs reprises, de sa voix de tonnerre :

— Benandette… Benardette…

Puis soudain, triomphant, il vous confond :

— Bernadette !

                                                                                                                     Germaine Decaris.

 à suivre