L’électricité dans la commune (2)

Une liste des habitants susceptibles de devenir de probables abonnés fut même établie en 1925, soit 22 à Saint-Jean, 3 à La Brévière et 3 à Malassise.


Apparemment ce projet semble en rester à cet état. Le maire, le docteur Bresset, poursuit néanmoins ses démarches en vue de l’électrification de la commune.


Ainsi, lors du conseil municipal de 8 novembre 1925 donne-t-il lecture d’une lettre du directeur de la Société agricole d’électricité de l’Oise qui sur sa demande lui expose la situation de la commune de St Jean aux Bois au point de vue des possibilités de l’électrification.

 

« Pour amener le courant électrique il faudrait escompter sur une dépense de 120 000 francs (cent vingt mille francs) capital aliéné non productif d’intérêts, et d’autre part le concessionnaire de la distribution électrique demande un minimum de consommation garantie ».


Cette somme de 120 000 francs (environ 100 000€ de nos jours) effraye vraisemblablement les conseillers municipaux, si bien que la discussion tourne court et que le conseil passe au point de l’ordre du jour suivant.


DSC01438L’électrification tient pourtant à cœur des habitants qui verbalement demandent au maire d’examiner la possibilité d’utiliser la chute d’eau située dans l’ancien moulin et appartenant à M. Legrand, boulanger.


Dans ce but, en 1928, le maire confie à un ingénieur spécialisé le soin de mener une étude sur le sujet, mais qui reconnaît la chute d’un trop faible rendement pour être utilisée pour le projet envisagé, et bien même serait tout au plus capable d’alimenter vingt à vingt cinq lampes.


Il faudra attendre 1932 pour que le conseil municipal, sous la conduite du maire M. Arthur Langelez, s’empare de ce dossier avec la volonté de le faire aboutir.


Le 24 avril de cette année, après que maire eut fait lecture du projet d’électrification cité plus haut, le conseil l’approuve et charge le président de faire les diligences nécessaires en vue des démarches à effectuer.


Dans la foulée, le conseil décide d’emprunter la somme de 112 800 francs pour travaux d’électrification qui sera, à la diligence de M. le maire, contracté au crédit foncier de France, aux conditions de cet établissement. La commune se libérera de cet emprunt en 30 années, à partir du 28 février 1933 au moyen de 30 annuités payables par moitié les 28 (29 février) et 31 août, comprenant outre la somme nécessaire au remboursement du capital, l’intérêt dudit capital au taux de 5,35%.

 

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Et la commune affecte au service des intérêts et au remboursement du capital emprunté une imposition extraordinaire de 107 centimes à mettre en recouvrement pendant 30 ans à partir de 1933.

 

Dans sa séance du 21 août 1932, le conseil examine le cahier des charges du projet d’électrification et « demande quelques modifications qu’il lui semble nécessaire de faire. Il charge M. le maire de faire les diligences en vue de ces modifications ».


L’électricité dans la commune (1)

C’est au cours des années 1933 et 1934 que Saint-Jean-aux-Bois fut relié au réseau électrique.


La « Fée électricité » comme on l’appelait à cette époque, faisait son entrée au village. Bien modeste pour ses débuts, ses habitants ne connaissaient pas encore, hormis les publicités qu’ils pouvaient voir dans les journaux, ces nombreux appareils ménagers qui peu à peu allaient envahir les habitations, la simple lampe au milieu du plafond de la cuisine d’où jaillissait la lumière constituait une petite révolution pour ces foyers de bûcherons qui composaient encore l’essentiel de la population.


Pensez donc, ne plus avoir à allumer de chandelles et lampes à pétrole, simplement tourner un interrupteur et voir clair.


Rappelons les faits.


Dès le mois d’octobre 1931, l’avant-projet de distribution publique d’énergie électrique était bouclé. En réponse à une lettre du maire en date du 16 avril 1932, l’ingénieur en chef du génie rural répondait que le dossier était actuellement soumis à l’approbation ministérielle en vue de l’allocation de la subvention.


Le ministre de l’agriculture, par lettre datée du 6 mai 1932, décide d’allouer cette subvention et en donne le montant.

 

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Dès lors les choses se menèrent rondement. Il faut dire que cette arrivée du courant électrique dans le village n’était pas une idée nouvelle.


La guerre de 1914/1918 et les réparations dues à ses conséquences n’ont pas manqué de retarder les projets d’électrification, notamment des communes rurales, tel que cela avait envisagé par la loi du 15 juin 1906 sur les distributions d’énergie électrique et le décret d’application de ladite loi du 3 avril 1908.


Aussi, dès 1923, sollicité par un projet dressé par la compagnie électrique du nord, le préfet de l’Oise arrête que ledit projet serait soumis à une enquête dans les formes déterminées par les loi et décret susnommés.


A cet effet, le projet est déposé pendant quinze jours, du 25 avril au 9 mai 1923, à la mairie de Saint-Jean-aux-Bois, comme dans les autres communes du département concernées.


Neuf habitants viennent consulter le dossier d’enquête « pensant qu’il s’agissait d’un projet d’installation d’éclairage et se sont déclarés partisans de l’éclairage dans la commune ».


A l’issue de l’enquête, le maire de la commune fait connaître son avis :

 

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« Considérant qu’aucune déclaration contraire au projet n’a été déposée, les habitants ayant au contraire exprimé leur désir de voir les lignes de distribution se rapprocher pour l’obtenir à des conditions normales,

Est d’avis,

Que l’intérêt général est de se prononcer en faveur du projet ».  


Camille Enlart (1862-1927)

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Comme de nombreux archéologues et historiens du XIXe et de la première moitié du XXe siècle, Camille Enlart est venu à Saint Jean aux Bois étudier et photographier l’église abbatiale. Il en a laissé quelques clichés que nous avons déjà utilisés ou que nous utiliserons ultérieurement.


Cimetière et église-1Louis Camille Enlart fait partie de ces archéologues qui ont compris combien la photographie pouvait être utile à leurs travaux.


Né à Boulogne-sur-Mer en 1862, il entre à l’école des beaux-arts de Paris et apprend à dessiner dans l’atelier de Bouguereau (peintre français 1825/1905). Il fait ensuite des études de droit et, s’étant passionné pour l’architecture et pour l’archéologie, entre à l’école des chartes en 1885. Il sort major de sa promotion en 1889 comme membre de l’école de Rome.


Enlart-1.jpgNommé sous-bibliothécaire à l’école des beaux-arts en 1893, il est suppléant de Robert de Lastérie (historien, archiviste 1849/1921) à l’école des chartes de 1894 à 1899, enseigne aussi l’archéologie médiévale à l’école spéciale d’architecture et à l’école du Louvre. En 1903, il devient directeur du musée de sculpture comparée au Trocadéro (actuel musée des monuments français), poste qu’il occupe jusqu’à son décès en 1927. Soucieux de compléter la vocation pédagogique de ce musée des moulages, il s’est constamment préoccupé d’enrichir son fonds de photographies et a lui-même pratiqué cette technique à l’occasion de ses nombreux voyages en Espagne, Portugal, Scandinavie, Syrie et Chypre, où il étudie le rayonnement de l’art gothique hors de France. Ce maître de l’archéologie française, est entré à l’Académie des inscriptions le 6 février 1925.


Ses négatifs ont été versés au service photographique des beaux-arts (actuellement archives photographiques, médiathèque de l’architecture et du patrimoine) et de très nombreuses épreuves au musée de Sculpture comparée.


Eglise façade nordLa bibliothèque de Boulogne-sur-Mer conserve pour sa part la très riche documentation photographique qu’il avait rassemblée. Les épreuves de Camille Enlart représentent les 2/3 de ce fonds d’environ 18 000 épreuves. Le tiers restant réunit, outre des images d’autres archéologues comme Lasteyrie, Lefèvre-Pontalis, des photographies de Bonfils, Braun, Mieusement, Neurdein ainsi que quelques épreuves plus primitives de Bayard, Le Secq et Delessert.

 

Saint Jean aux Bois. Eglise , Côté sud-est.  Ministère de la culture.  Auteur : Enlart Camille (historien).  Négatif noir et blanc Support verre. Gélatino-bromure.  Réf. APMH 00029924. Avec l’aimable autorisation de monsieur J.D. Pariset, directeur de la médiathèque de l’architecture et du patrimoine. 

 Saint Jean aux Bois. Eglise , Façade nord.  Ministère de la culture.  Auteur : Enlart Camille (historien).  Négatif noir et blanc Support verre. Gélatino-bromure.  Réf. APMH 00029923 Avec l’aimable autorisation de monsieur J.D. Pariset, directeur de la médiathèque de l’architecture et du patrimoine.

 

Source : divers


Les chasses royales et les destructions de récoltes dues au gibier (5)

 

 

Le 30 avril, le Préfet réitère et affine sa proposition :

 » …dans l’intérêt de cette commune qui est située au milieu de la forêt et n’ayant qu’un territoire peu étendu, ses habitants seront naturellement gênés pour l’éducation1  de leurs bestiaux, s’ils sont privés du pâturage dont ils ont toujours joui. Le sieur Leduc est le seul d’entre eux qui n’ait pas souscrit aux conditions proposées par son Excellence. Faudra-t-il que les autres pâtissent de ce que ce propriétaire croit que les avantages qu’il obtiendrait comme usager ne fissent pas compensation aux pertes qu’il éprouverait comme propriétaire. Ne serait-il pas possible de faire la transaction entre les autres habitants dont les noms y seraient relatés et avec mention de l’ex division du sieur Leduc ? Ce moyen me paraîtrait Monsieur concilier tous les intérêts. La majorité des habitants obtiendrait un avantage très important et dont il ne leur est guère possible de se passer pour prix du sacrifice auquel ils consentiraient, le sieur Leduc qui ne participerait pas à cet avantage resterait en son droit comme propriétaire. Je prie son Excellence de me faire connaître si cette mesure paraît admissible« .


Le 16 mai 1829, l’Intendant de la maison du Roi, répond qu’il attend « l’issue d’une négociation entamée, depuis cette époque, entre le sieur Leduc et l’administration de la Maison du Roi, à l’effet de le désintéresser, soit en lui accordant une somme annuelle pour se clore et faire lui-même garder ses récoltes, soit en traitant avec lui de l’acquisition, pour le compte du Roi, de la partie de ses terres qui se trouve la plus exposée aux dégâts du gibier. Cette affaire n’est point encore terminée, et je ne puis prévoir son résultat, attendu que les prétentions de M. Leduc me paraissent beaucoup trop élevées.

21-16-mai-1829-Maison-roi-au-pre-fet-3.jpgQuant aux intérêts des habitants de la commune, ils se trouvent, dès actuel-lement garantis autant du moins qu’il est possible de le faire, par la faculté qui leur est accordée et dont ils jouissent, de faire paître leurs vaches dans la forêt, sous la condition de ne point réclamer d’indemnités pour les dégâts de gibier qu’ils pourraient éprouver dans leurs récoltes ; à la vérité, ce pâturage ne s’exerce que par simple tolérance ; mais qu’il ne pourrait en être autrement, parce qu’il n’est pas au pouvoir de l’administration de la liste civile de grever le domaine de la Couronne d’une servitude quelconque. Il faut donc que la commune de St Jean se contente de jouir, comme cela a eu lieu jusqu’à présent, des avantages dont elle est en possession et qu’elle conservera probablement aussi longtemps que ses habitants s’abstiendront de réclamer des indemnités« .

 

Pour M. Leduc, c’est apparemment la première solution qui l’emportera puisqu’il demandera l’autorisation de construire un mur de clôture, le long de son jardin qui borde le chemin des Plaideurs.

 

Quant aux habitants, leurs vaches retrouveront le chemin de la forêt.

 

1 Comprendre dans le sens du vieux français « art d’élever certains animaux »

Les chasses royales et les destructions de récoltes dues au gibier (4)

Le 18 février 1829, le Préfet écrit à l’Intendant de la maison du Roi pour l’informer que rien n’avait évolué de la part de M. Leduc et lui transmet une lettre que ce dernier lui a adressée le 3 février. Il ajoute :  » Vous verrez que le sieur Leduc ne se croit pas assez fortuné pour sacrifier au bien être de la commune ses droits à des indemnités pour les dégâts que le gibier occasionne à ses récoltes et qui pour 1828, ont été portés à 1 235 francs. Comme la liste civile entretient des gardes de nuit pour repousser de la plaine le gros gibier qui y vient la nuit en gagnage, il souscrire à cet arrangement, en ce qui les concerne, met un obstacle insurmontable à l’adoption de la mesure que j’avais offerte aux habitants de St Jean, dans des vues de conciliation. Ce refus aurait en effet des conséquences très fâcheuses pour la Couronne, à la charge de laquelle il laisserait subsister l’obligation de payer des indemnités considérables, tandis que d’un autre côté elle se verrait privée par le parcours des bestiaux d’un très grand nombre d’individus, de l’avantage du repeuplement naturel des bois. Je regrette beaucoup, Monsieur le Comte, que ces considérations ne me permettent pas d’accéder aux vœux de la majorité des habitants de la commune de St Jean, dont les intérêts auront aussi à souffrir de quelques résistances particulières, qu’il m’aurait été très agréable de ne point rencontrer« .

 

Le 12 mars suivant le Préfet écrit au Sous-Préfet lui demandant d’intervenir auprès de M. Leduc afin que lui-même et M. Boivinet reviennent sur leur position et adoptent la position de la majorité du Conseil municipal.

 

Rien n’y fait, le maire campe sur sa position au mépris des intérêts de ses concitoyens.

 

Il accepterait toutefois si le Conservateur  » lui fournissait des matériaux sur place » lui permettant de faire clore de murs ses propriétés, se chargeant lui-même de la main-d’œuvre,  » ce qui sera encore un grand sacrifice« .

 

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Le 30 juin 1827, le Ministère de la maison du Roi répond au Préfet qui lui avait adressé la lettre de M. Leduc : « …  que cette proposition n’est pas admissible. Qu’elle peut avoir pour inconvénient, de faire naître de la part des propriétaires riverains et des propriétaires des enclaves, des demandes semblables qui, outre les difficultés qui en seraient le résultat, constitueraient pour la Couronne une dépense considérable sans compensation puisque les bois n’en seraient pas moins grevés d’une servitude très onéreuse« .

L’affaire s’enlise et les habitants ne peuvent faire paître les bestiaux dans la forêt et continuent de subir les dégâts du gibier.

Le 19 novembre 1828, le Préfet s’informe auprès du Sous-Préfet de l’état d’avancement des démarches qu’il lui avait demandé d’entreprendre auprès de M. Leduc.

Le 18 février 1829, le Préfet écrit à l’Intendant de la maison du Roi pour l’informer que rien n’avait évolué de la part de M. Leduc et lui transmet une lettre que ce dernier lui a adressée le 3 février. Il ajoute :  »  Vous verrez que le sieur Leduc ne se croit pas assez fortuné pour sacrifier au bien être de la commune ses droits à des indemnités pour les dégâts que le gibier occasionne à ses récoltes et qui pour 1828, ont été portés à 1 235 francs. Comme la liste civile entretient des gardes de nuit pour repousser de la plaine le gros gibier qui y vient la nuit en gagnage, il propose d’entreprendre la garde de sa propriété, moyennant une rétribution fixée proportionnellement à son étendue et dont il promet employer le montant se clore si l’on consent à lui donner l’assurance que cet emploi lui fut continué pendant 15 ans. Vous jugerez si cette offre est acceptable.

Dans ce cas je pense qu’il y aurait lieu à faire un traité particulier avec le sieur Leduc et qu’il ne pourrait entrer dans la transaction qui serait passée avec la commune« .

 

Les chasses royales et les destructions de récoltes dues au gibier (3)

Le 30 juin 1827, le Ministère de la maison du Roi répond au Préfet qui lui avait adressé la lettre de M. Leduc : « …  que cette proposition n’est pas admissible. Qu’elle peut avoir pour inconvénient, de faire naître de la part des propriétaires riverains et des propriétaires des enclaves, des demandes semblables qui, outre les difficultés qui en seraient le résultat, constitueraient pour la Couronne une dépense considérable sans compensation puisque les bois n’en seraient pas moins grevés d’une servitude très onéreuse« .


30 juin 1827L’affaire s’enlise et les habitants ne peuvent faire paître les bestiaux dans la forêt et continuent de subir les dégâts du gibier.


Le 19 novembre 1828, le Préfet s’informe auprès du Sous-Préfet de l’état d’avancement des démarches qu’il lui avait demandé d’entre-prendre auprès de M. Leduc.

 

Le 18 février 1829, le Préfet écrit à l’Intendant de la maison du Roi pour l’informer que rien n’avait évolué de la part de M. Leduc et lui transmet une lettre que ce dernier lui a adressée le 3 février. Il ajoute :  » Vous verrez que le sieur Leduc ne se croit pas assez fortuné pour sacrifier au bien être de la commune ses droits à des indemnités pour les dégâts que le gibier occasionne à ses récoltes et qui pour 1828, ont été portés à 1 235 francs. Comme la liste civile entretient des gardes de nuit pour repousser de la plaine le gros gibier qui y vient la nuit en gagnage, il souscrire à cet arrangement, en ce qui les concerne, met un obstacle insurmontable à l’adoption de la mesure que j’avais offerte aux habitants de St Jean, dans des vues de conciliation. Ce refus aurait en effet des conséquences très fâcheuses pour la Couronne, à la charge de laquelle il laisserait subsister l’obligation de payer des indemnités considérables, tandis que d’un autre côté elle se verrait privée par le parcours des bestiaux d’un très grand nombre d’individus, de l’avantage du repeuplement naturel des bois. Je regrette beaucoup, Monsieur le Comte, que ces considérations ne me permettent pas d’accéder aux vœux de la majorité des habitants de la commune de St Jean, dont les intérêts auront aussi à souffrir de quelques résistances particulières, qu’il m’aurait été très agréable de ne point rencontrer« .

Le 12 mars suivant le Préfet écrit au Sous-Préfet lui demandant d’intervenir auprès de M. Leduc afin que lui-même et M. Boivinet reviennent sur leur position et adoptent la position de la majorité du Conseil municipal.

Rien n’y fait, le maire campe sur sa position au mépris des intérêts de ses concitoyens.

Il accepterait toutefois si le Conservateur  » lui fournissait des matériaux sur place » lui permettant de faire clore de murs ses propriétés, se chargeant lui-même de la main-d’œuvre,  » ce qui sera encore un grand sacrifice« .

Le 30 juin 1827, le Ministère de la maison du Roi répond au Préfet qui lui avait adressé la lettre de M. Leduc : « …  que cette proposition n’est pas admissible. Qu’elle peut avoir pour inconvénient, de faire naître de la part des propriétaires riverains et des propriétaires des enclaves, des demandes semblables qui, outre les difficultés qui en seraient le résultat, constitueraient pour la Couronne une dépense considérable sans compensation puisque les bois n’en seraient pas moins grevés d’une servitude très onéreuse« .

L’affaire s’enlise et les habitants ne peuvent faire paître les bestiaux dans la forêt et continuent de subir les dégâts du gibier.

Le 19 novembre 1828, le Préfet s’informe auprès du Sous-Préfet de l’état d’avancement des démarches qu’il lui avait demandé d’entreprendre auprès de M. Leduc.

Les chasses royales et les destructions de récoltes dues au gibier (2)

Le choix laissé aux habitants est clair : ou ils continuent de demander des indemnités auquel cas ils sont privés de pâturages, ou ils renoncent aux indemnités et ils continuent à bénéficier de cet avantage. À eux de choisir la solution qui leur soit la plus avantageuse.

 

Ce qui complique l’affaire, comme il est dit ci-dessus, c’est que le maire, qui se prétend propriétaire du quart des terres est pour le maintien des indemnités. À ce titre il a déjà touché des sommes confortables les années précédentes. Et comme la majorité de ses terres sont baillées, que les redevances de location lui sont normalement versées et que ce sont les fermiers qui subissent les dégâts occasionnés par le gibier, on comprend qu’il maintienne sa position.

 

Le 8 juillet 1826, il écrit au Conservateur :

 » J’ai envoyé à Monsieur le Préfet la copie de la lettre de son Excellence que vous m’avez transmise le 24 juin dernier, pour avoir son autorisation pour convoquer le Conseil municipal et avoir son avis à ce sujet avant de répondre.

Quant à moi, Monsieur, je ne peux attendre jusque-là que la délibération soit prise et la décision de son Excellence, attendu que différentes récoltes et au fait que je suis propriétaire de près d’un quart des terrains, le gibier me fait beaucoup de tort, je ne peux renoncer aux indemnités qui sont considérables, mais je vous prie de vouloir bien nommer un commissaire pour faire les estimations des dégâts du gibier, conjointement avec celui que je nomme pour soutenir mes intérêts« .

 

Le 16 juillet 1826, le Conseil se réunit pour délibérer sur l’offre qui lui est faite.

Les  » membres du Conseil municipal de la commune de Saint Jean aux Bois réunis à l’effet de prendre une délibération sur la proposition que nous fait son excellence le ministre de la maison du Roi, de renoncer au droit des indemnités des dégâts pour conserver l’usage de mettre les bêtes à cornes dans la forêt.

Les susdits membres après avoir mûrement délibéré ont reconnu qu’il était plus avantageux pour tous les habitants, à l’exception de deux, de renoncer au droit de réclamer des indemnités des dégâts du gibier, à condition qu’on leur conserve l’usage d’envoyer pâturer leurs bêtes à cornes, chevaux, mulets et baudets dans la forêt, telle qu’ils en ont toujours joui et qu’on leur donnera des pâturages suffisants, qui dans le moment ne le sont pas à cause des plantations que l’administration a fait faire qui en ont retiré, qu’il leur sera donné un acte constatant cet arrangement pour être déposé aux archives de la commune à ces conditions, ils renonceront à demander des indemnités pour les dégâts du gibier.

Les sieurs Boivinet et Leduc propriétaires de terre de prés séparés des autres, le premier pour un dixième et le second pour un cinquième du territoire, se réservent le droit de demander des indemnités, attendu que les dégâts du gibier leur fait une trop grande perte, les indemnités seront constatées et estimées par des experts choisis par l’administration et les parties.

Le sieur Boivinet consentira comme les autres habitants à renoncer aux dites indemnités pour la partie seulement qui est enclavée dans les terres communes aux mêmes conditions desdits habitants« .

 

Cette position bloque la situation qui ne semble pas trouver d’issue.


6 mars 1827 1Le Ministre secrétaire d’état à qui le Préfet a envoyé la délibé-ration du Conseil et aussi souligné le refus du maire d’accepter l’arrangement propo-sé, répond dans une lettre du 6 mars 1827 :

 » Le refus exprimé par les deux princi-paux propriétaires, les sieurs Boivinet et Leduc de souscrire à cet arrangement, en ce qui les concerne, met un obstacle insurmontable à l’adoption de la mesure que j’avais offerte aux habitants de St Jean, dans des vues de conciliation.

Ce refus aurait en effet des consé-quences très fâcheu-ses pour la Couronne, à la charge de laquelle il laisserait subsister l’obligation de payer des indem-nités considérables, tandis que d’un autre côté elle se verrait privée par le parcours des bestiaux d’un très grand nombre d’individus, de l’avantage du repeuplement naturel des bois.

Je regrette beaucoup, Monsieur le Comte, que ces considérations ne me permettent pas d’accéder aux vœux de la majorité des habitants de la commune de St Jean, dont les intérêts auront aussi à souffrir de quelques résistances particulières, qu’il m’aurait été très agréable de ne point rencontrer« .

 

Le 12 mars suivant le Préfet écrit au Sous-Préfet lui demandant d’intervenir auprès de M. Leduc afin que lui-même et M. Boivinet reviennent sur leur position et adoptent la position de la majorité du Conseil municipal.

 

Rien n’y fait, le maire campe sur sa position au mépris des intérêts de ses concitoyens.

 

Il accepterait toutefois si le Conservateur  » lui fournissait des matériaux sur place » lui permettant de faire clore de murs ses propriétés, se chargeant lui-même de la main-d’oeuvre,  » ce qui sera encore un grand sacrifice« .

 

Les lettres ou portions de lettres citées proviennent soit des archives communales, soit des archives départementales 2 Op 13 761.

L’assainissement de Malassise

Suite et fin du chantier  

 

15 avril 2013


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17 avril 2013

 

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19 avril 2013, dernier jour des travaux. L’assainissement est terminé.

 

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Reste à faire le revêtement des voies.

 

Les chasses royales et les destructions de récoltes dues au gibier (1)

 

Le gibier qui était maintenu en forêt de façon qu’il soit suffisamment important pour fournir les chasses royales faisait que de nuit ces animaux effectuaient des ravages dans les cultures des villages forestiers environnants. Les habitants de St Jean en particulier souffraient de ces dégâts sur leurs maigres récoltes.

 

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Tout commence début 1826 lorsque les habitants des hameaux de La Brévière et de Malassise demandent au Conservateur de la maison du Roi à Compiègne, qu’une somme de 200 francs leur soit attribuée pour l’établissement d’un garde biche chargé de repousser le gibier de leurs cultures.

 

Le dossier du pâturage en forêt est un dossier volumineux classé dans la série N (articles 2 N 3 ; 2 N 5 et 2 N 8) pour les archives communales et 2 Op 13 761 pour les archives départementales.

 

Ce dossier comporte plusieurs lettres échangées sur la période comprise de 1826 à 1829 entre la maison du roi, l’administration forestière et le préfet et  les habitants, le conseil municipal et en particulier de son maire.

 

Car, si dès le départ, les habitants de Saint-Jean sont disposés à un arrangement avec l’administration, ceux-ci désirant conserver la tolérance qui leur est accordée de faire paître leurs bêtes en forêt, il n’en est pas de même pour le maire. Celui-ci possède une grande partie des terres du village et trouve plus avantageux de toucher les indemnités que lui verse le domaine royal en compensation des dégâts occasionnés par le gibier que de les abandonner pour faire paître en forêt ses quelques vaches. A vrai dire il n’a pas besoin de la forêt, ses propres prés lui suffisant largement.

 

Aussi dès le départ, il campe sur ses exigences, entrainant à ses côtés le propriétaire de la pâture de l’ancien étang de Saint-Jean. Ce dernier l’abandonnera dans cet entêtement quelque temps plus tard.

 

On va le voir tout au long de ce dossier, le maire Leduc, refuse tout arrangement au détriment des intérêts de l’ensemble de ses administrés.

 

Les chapitres qui suivent vont permettre de vous rendre compte des difficultés et des tensions qui sont survenues pour arriver à un compromis qui satisfasse les uns et les autres.

 

Mais cela a demandé près de 3 ans !

 

Notre propos n’est pas ici de traiter des chasses royales qui demanderaient un livre entier, mais du gibier qui était maintenu en forêt de façon qu’il soit suffisamment important pour fournir ces chasses.

 

Léré en particulier a écrit sur ces chasses, des dizaines, voire des centaines de pages qu’il serait intéressant un jour de publier. Ainsi, pour l’année 1828, il transcrit un « État du fauve de la forêt de Compiègne le 1er mai« . Nous y lisons le dénombrement suivant :

 

Cerfs 10 cors : 86 — cerfs 4 têtes : 67 — cerfs 3 têtes : 68 — cerfs 2 têtes : 51. daguets, hères : 90 — biches : 232 — daims : 57 — daines : 78 — sangliers : 441 — chevreuils : 648, soit un total de 1059 animaux auxquels il faut ajouter les lièvres, des milliers de lapins, des faisans et perdrix, etc…

 

De nuit ces animaux faisaient des ravages dans les cultures des villages environnant et dans la forêt. Les habitants de St Jean en particulier souffraient de ces dégâts sur leurs maigres récoltes.

 

Les plus fortunés firent construire des clôtures autour de leurs propriétés, mais la majorité n’en avait pas les moyens et subissait des destructions innombrables.

 

Début 1826, les habitants des hameaux de La Brévière et de Malassise demandent au Conservateur de la maison du Roi à Compiègne, qu’une somme de 200 francs leur soit attribuée pour l’établissement d’un garde biche chargé de repousser le gibier de leurs cultures. C’est le point de départ de cette affaire.

 

Cette demande est transmise le 3 juin au Ministre de la maison du Roi qui répond le 20 du même mois aux propositions que lui fait le Conservateur qui plaide en la faveur d’un arrangement.

 

« 20 juin 1826

            Copie de la lettre de son Excellence le ministre de la Maison du Roi.

 

En me transmettant, Monsieur, avec votre lettre du trois de ce mois, la demande des habitants des hameaux de La Brévière et de Malassise, commune de Saint Jean, tendant à obtenir une somme de deux cents francs pour l’établissement d’un garde biches, chargé de repousser le gibier de leurs cultures, vous me demandez s’il ne conviendrait pas d’exiger que cette commune souffrit sans indemnité les dégâts du gibier, en considération du pâturage dont elle joui en forêt gratuitement et par tolérance, et vous me proposez de conclure un arrangement tant avec cette commune qu’avec celle de Vieux Moulin.

1 20 juin 1826 Ministre au préfetCe qui dans votre opinion pourrait motiver cette mesure, c’est que la commune de Saint Jean, entièrement composée de domaines ecclésiastiques aliénés pendant la révolution, n’a conservé aucun des droits d’usage que possédait les établissements religieux, attendu qu’une clause expresse de la vente nationale a stipulée que les nouveaux propriétaires ne jouiraient d’aucun des usages onéreux qui avaient été concédés aux précédents possesseurs.

Une seconde considération également favorable au parti proposé, porte qu’elle tient aux principes de la justice distributive, c’est que la commune de Vieux Moulin, joui à la vérité comme celle de St Jean de l’avantage d’envoyer des troupeaux au pâturage dans la forêt sans y être autorisé autrement que par la simple tolérance de l’administration, mais que  d’un autre côté, elle souffre les dégâts du gibier, ce qui fait naître quelques sentiments de jalousie entre ces deux communautés d’habitants.

La position des communes de Saint Jean et de Vieux Moulin, sous le rapport des usages dont elles jouissent dans les bois de la couronne a quelque analogie avec celle de plusieurs communes riveraines de la forêt de Fontainebleau avec lesquelles il a été fait l’année dernière des arrangements qui les ont maintenus dans les jouissances de ces mêmes usages sous la condition de renoncer à toutes réclamations d’indemnité pour les dégâts du gibier. Il y a par conséquent des motifs pour user envers les premiers des moyens qui sont mis à la disposition des domaines pour conclure avec elle une transaction sur les mêmes bases.

Je suis d’autant plus porté à adopter ce parti que les habitants de St Jean sont divisés en deux classes, dont l’une se montre disposée à adopter le système de l’établissement des gardes nuit, tandis que l’autre, à la tête de laquelle se trouve la maire, refuse de prendre part à cet arrangement.

Je vous prie donc, Monsieur, de faire connaître mes intentions aux habitants des deux communes dont il s’agit et de leur annoncer que s’ils ne consentent point à traiter avec le domaine pour la conservation de leurs usages aux conditions qui viennent d’être indiqué, je serai forcé d’interdire à leurs troupeaux l’entrée de la forêt.

Pour traiter régulièrement cette affaire, il faudra qu’elle soit soumise à l’examen des Conseils municipaux qui prendront à ce sujet une délibération en suite de laquelle je statuerai sur la demande des deux communes conformément à ce qui s’est déjà fait avec les communes riveraines de la forêt de Fontainebleau.

Lorsque j’aurai reçu votre réponse, je vous donnerai, s’il y a lieu, l’autorisation nécessaire pour faire droit à la demande des habitants de La Brévière et Malassise.

Recevez ……

                                                                                                         Le Ministre« 

 

1. Des battues précédentes avaient permis d’en tuer 150, ce qui explique peut-être ce nombre de 44 qui paraît faible.